Par Jérôme Revillier
Alors que l'actualité se focalise sur les difficultés économiques de la zone euro et sur la hausse du dollar, il y a une devise qui fait bien mieux que la monnaie américaine et qui profite à la fois de la morosité européenne et de la crise aux Etats-Unis -- qui est bien loin d'être terminée...
Le Japon en crise
Le gouverneur Shirakawa le répétait encore en début de semaine, au cours d'un dîner à la maison (non, je blague, au cours d'une conférence de presse bien sûr !) : "le ralentissement de l'économie mondiale est un mal nécessaire pour ensuite poursuivre vers une croissance forte".
Et il sait de quoi il parle ! Alors que le pays vient d'user son deuxième premier ministre en un an, la crise ainsi que la peur d'une nouvelle récession inquiètent les autorités. La confiance du consommateur est atteinte et la baisse des exportations vers l'Europe et les Etats-Unis commence à se ressentir.
Baisse des taux ? Impensable...
Néanmoins, une baisse de taux paraît tout simplement impensable au vue des prix à la consommation qui ont augmenté de 2,4% en juillet, ce qui n'avait pas été vu depuis dix ans !
De plus, Shirakawa a averti sur le danger d'une politique trop accommodante à long terme, créatrice de bulles et de surchauffe de l'activité.
Ces derniers points tendent donc à soutenir le yen dans sa remontée folle face aux monnaies majeures. Mais le yen bénéficie surtout de la crainte mondiale de récession...
Le yen fortement lié à l'humeur des marchés
Après une brève euphorie, la triste réalité a repris le pas sur les marchés actions. On n'avait pas vu de si faibles volumes traités depuis un bon moment, ce qui traduisait l'attentisme des investisseurs.
A l'inverse, il y encore quelques jours, l'intensité des échanges sur la place parisienne atteignait des records traduisant cette fois la fébrilité et la nervosité des intervenants.
Et comme vous avez déjà pu le lire dans certaine de mes chroniques, vous savez que le yen est directement lié à l'appétit pour le risque des investisseurs. Car en raison de la politique de taux bas de la Banque du Japon (0,5%), il est facile d'emprunter du yen pour financer ses investissements sur les autres places boursières. Cependant, dès qu'un sentiment d'hésitation ou de crainte s'empare des marchés, le yen fait l'objet d'une vague de rachats de position.
La chute des marchés fait bondir le yen
Ainsi, la chute des indices mondiaux hier, due en partie aux mauvais chiffres de l'emploi aux Etats-Unis mais aussi à la fermeté de la BCE qui a maintenu son taux à 4,25% en ne laissant aucune porte ouverte pour une prochaine baisse, a contribué à pousser le yen au-dessus des supports les plus tenaces.
C'est ainsi qu'à l'heure tardive où j'écris ces lignes, le yen entame une série de break out (cassure de résistances) face aux devises majeures du monde.
Rupture de supports en cascade...
Voici les graphiques de ce matin : face aux trois devises majeures, le yen se situe sur des niveaux déterminants. Cela nous laisse augurer une semaine prochaine agitée.
Je n'ai pas encore les chiffres des NFP (Non Farm Payroll) mais une nouvelle dégradation du marché de l'emploi est attendue.
1. Graphique USD/JPY weekly
Situation :
Le canal haussier (en bleu) a été rompu, montrant clairement une faiblesse sous-jacente du dollar qui performe bien face aux autres devises mais qui cède un large terrain face à la monnaie nippone.
Le point de rupture coïncide également avec un niveau de retracement à 107,17 qui a ouvert la voie vers les 105 yens.
Prochains objectifs :
Les prochains objectifs se situent à 105/104,95 puis sur la zone des 103,40/103,20 qui pourrait voir une consolidation s'en suivre.
Etudions maintenant deux situations un peu similaires du yen face à l'euro et à la livre sterling.
Dans les deux cas, j'ai identifié en bleu la dernière zone importante de consolidation.
Nous allons voir que ces deux paires sont proches de supports très importants.
2. Graphique EUR/JPY
Situation :
En vert, sur ce graphique EUR/JPY, vous voyez la zone clé du moment qui correspond à la fois au plus-bas de ces dernières semaines et à un niveau de retracement de Fibonnacci.
Cette zone est donc comprise entre 152 et 149,16.
Objectif ?
Nous sommes désormais sur le point bas de cette zone. Un rebond est possible mais la puissance du mouvement à la baisse me laisse penser que la rupture de la zone clé est fort probable.
Ainsi, un retour sur 141 (haut de la dernière zone de consolidation) est à attendre.
3. Graphique GBP/JPY weekly
Face à la livre, le yen a rejoint les niveaux de 2003 et a également rompu un support à 189,19 (plus-bas de la zone de consolidation en bleu) mais également un niveau de retracement à 187,84.
Un retour sur 180 voir 178 pourrait survenir.
Ma conclusion ?
Le yen reste un indicateur fiable du sentiment des investisseurs. On voit donc bien que la hausse du dollar n'est pas due à sa force mais plutôt à la faiblesse des autres devises dont les pays sont confrontés à la crise économique.
Ainsi à moyen terme, si la crise continue de pénaliser les marchés boursiers, le yen continuera de s'apprécier.
Cependant à plus court terme, des mouvements violents venant corriger la tendance pourraient offrir de belles opportunités.
Mon conseil :
Je vous recommande donc de jouer les ruptures des niveaux clé relevés dans cet article.
Attention, les paires yen sont souvent très difficiles à trader à cause de leur volatilité très importante.
Bons trades.
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