Une surprise de taille en Australie



La banque centrale australienne a surpris tout le monde quand elle a décidé de laisser le taux directeur à 4,25% cette nuit. Le communiqué accompagnant l'annonce a suggéré que la croissance est restée proche de la tendance et que l'inflation sous-jacente était actuellement d’environ 2,5%, soit au milieu de la fourchette cible de 2-3%. Cela dit, un examen plus approfondi de la déclaration révèle que la RBA est encore disposée à un nouvel assouplissement. Les prévisions de croissance mondiale pour cette année ont été revues à la baisse, les conditions du marché du travail de la région sont modérées, et l'inflation devrait continuer à baisser dans les prochains mois. Comme la déclaration le confirme : « Si les conditions de la demande s’affaiblissent matériellement, les perspectives d'inflation ouvriront le champs à une politique monétaire plus souple ». Stratégiquement, il semble que le conseil était content d’avoir fait preuve de patience, conscient que la reprise américaine s'est renforcée au cours des derniers mois et que la crise bancaire et de la dette souveraine de l'Europe s'est quelque peu stabilisée. La hausse des marchés boursiers a également donné l’occasion à la RBA de continuer à évaluer l'impact des actions politiques antérieures. En réponse à la décision de la RBA, l'aussie a grimpé à un sommet en six mois jusqu’au-dessus 1,08 à la clôture, maintenant il n’est pas très loin du record de 1,1081 depuis le début du régime de taux de change flottant, enregistré à la fin du mois de juillet dernier. L’AUD a fait une performance vraiment impressionnante au cours des dernières semaines. Malgré le ralentissement de la croissance intérieure et avec un risque que la croissance mondiale soit clairement orientée à la baisse, la devise a gagné plus de 10% depuis le milieu du mois de décembre. Par rapport aux devises européennes, elle continue d’établir de nouveaux records - par exemple, par rapport au pound l'aussie est désormais à 1,4630 !

Commentaire

Le blocage grec porte préjudice à l'euro.

Malgré certains progrès apparents ce week-end, la monnaie unique était naturellement sur la défensive hier, en réponse au blocage continu de la situation en Grèce. En dépit de longs pourparlers entre les dirigeants des principaux partis politiques grecs ce week-end, aucun accord n'a encore été conclu au sujet des exigences strictes fixées par la troïka. Cette dernière est devenue alarmée par la détérioration continue de la situation financière de la Grèce, insistant sur le fait que tous les partis politiques reconnaissent la nécessité d'importantes réductions supplémentaires des dépenses gouvernementales ainsi que d’importantes réductions des salaires. Antonis Samara, chef du Parti de la Nouvelle Démocratie, a suggéré ce week-end qu'il n'était pas convaincu que tenir compte des exigences de la troïka était dans l'intérêt de la Grèce, affirmant qu'il se battrait contre les mesures qui pourraient aggraver la récession dans son pays. Ce fut en contraste avec un communiqué du bureau du Premier ministre Papademos, qui stipulait qu'un large consensus avait été atteint sur une série de mesures, y compris des réductions de dépenses pour 1,5% du PIB, un coup de pouce au financement de la sécurité sociale et diverses initiatives de compétitivité. Les exigences de la troïka concernant la baisse des salaires du secteur privé de plus de 15% et l'appel à de nouvelles mises à pied importantes dans le secteur public sont particulièrement controversées. Fait intéressant, il semble que les politiciens grecs n'ont pas encore entamé des discussions sur ces revendications salariales et concernant l'emploi. Tout cela a besoin d’être réglé très prochainement étant donné que la Grèce n'a pas l'argent disponible pour payer pour le rachat d'obligations de 14,5 milliards d’EUR le 20 mars. L'Eurogroupe a déclaré qu'il ne prêtera pas plus d'argent à la Grèce tant que les politiciens du pays ne cèderaient pas aux exigences de la troïka. En raison de la position budgétaire qui s'aggrave rapidement en Grèce, la taille de tout nouveau plan de sauvetage pourrait s’approcher davantage de 145 milliards d’EUR, en hausse par rapport à l'estimation initiale de130 milliards d’EUR.

L’impatience de la Commission Européenne envers la Grèce.

Personne ne doute du fait que la Commission Européenne ait perdu patience depuis longtemps avec la Grèce. Malgré tout, certains gros titres d’hier sur le sujet étaient incontestables – « la Grèce est au-delà des délais », la Commission souhaite que les négociations soient conclues « maintenant », il y a « un retard dans la mise en œuvre des mesures d'austérité » et l'Eurogroupe est prêt à se rencontrer dès que ces engagements seront pris. La situation semble désormais sans espoir.

Le déficit de financement au Royaume-Uni.

L'attention se porte désormais naturellement sur le fait de savoir si la Banque d'Angleterre autorisera davantage d’assouplissement quantitatif lors de la réunion du MPC de cette semaine, mais il y a d'autres questions auxquelles la Banque devrait réfléchir en ce moment. Ce qui a été remarquable sur les marchés monétaires, ce fut le contraste entre l'évolution des marchés en livres sterling par rapport à ceux en dollar et en euro. Plus précisément, tandis que les spreads du Libor OIS ont été constants voir un peu plus large pour le sterling (reflétant essentiellement la prime rattachée aux prêts interbancaires non garantis), ils ont été en baisse pour ceux du dollar et de l’euro. Le spread pour l’euro s’est déplacé au-dessus de celui de la livre sterling dans le milieu de l'année dernière, lorsque la crise souveraine de la zone euro a vraiment commencé à être douloureuse. En effet, l'écart entre les deux était aussi large que 40pb vers la fin de l'année dernière. Maintenant, il est d’un peu plus de 10pb. Bien sûr, l'injection de liquidités à 3 ans de la BCE en décembre a joué un rôle clé dans la chute du spread du Libor-OIS pour l’euro, mais le fait plus pertinent est que son équivalent en livres sterling n'a pas diminué du tout au cours de cette période. Dans le même temps, les banques britanniques ont autour 140 milliards de GBP de financement à long terme arrivant à échéance cette année, avec la majorité dans la première moitié de l'année. Il y a également eu des preuves (comme mentionné dans le dernier Rapport sur la Stabilité Financière de la BoE) d’une chute la plus significative de la duration du financement à court terme pour les banques du Royaume-Uni, ce qui augmente le risque de roll-over. Les mesures spéciales d’octroi de liquidité de la Banque, qui ont officiellement pris fin à la fin du mois dernier, avait été réintroduite en 2008 comme un moyen pour les banques d'échanger des actifs de haute qualité pour les bons du Trésor britanniques. En outre, la BoE semble vouloir que les banques britanniques équilibrent leurs propres bilans, comme cela a été détaillé dans le rapport sur la Stabilité Financière de décembre. L'assouplissement quantitatif ne peut seulement améliorer qu’un peu les difficultés de financement à court terme, par exemple en augmentant la valeur des actifs. Nous doutons sur le fait que la Banque mettra en place un nouveau régime ou modifiera les mesures existantes afin d'améliorer la position en matière de liquidité des banques britanniques, mais elle devrait y penser sérieusement cette semaine, en particulier étant donné le contraste avec le marché de la zone euro.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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