Les surprenants emplois américains



Ayant été la principale déception de la plupart de la reprise américaine, les chiffres de l'emploi américain ont surtout surpris à la hausse ces derniers mois, avec cinq des six dernières publications plus fortes que prévues concernant la croissance globale. Il s’agit certainement d’un développement positif qui a contribué à étayer une partie de l'optimisme récent concernant l'économie américaine. Mais comme toujours, c'est un tableau complexe, davantage que ce que suggèrent les chiffres. Alors que le taux de chômage a baissé, le taux de participation (proportion de la population dans la population active) reste à un des plus bas niveaux depuis des années à 64%, c'est quelque chose qui va devoir changer à long terme si les Etats-Unis veulent rester compétitifs et également élargir la base imposable. Par ailleurs, même sur une tendance plus forte, l’emploi n’a pas encore atteint le pic de pré-récession d’il y a quatre ans environ. Rappelons que les dernières données du PIB ont montré que l'économie globale l’a seulement dépassé dans le dernier trimestre de l'année dernière. Ainsi, même avec les chiffres plus forts d'aujourd'hui, le marché du travail américain a encore un long chemin à faire.

Commentaire

Les consommateurs américains affluent vers les concessionnaires.

Un des aspects les plus encourageants de la reprise américaine est l’empressement croissant des consommateurs américains à effectuer un saut chez leur concessionnaire local et à acheter une voiture flambante neuve. Cela devrait donner le sourire aux décideurs de la FED qui sont toujours torturés sur la manière d’injecter un autre assouplissement quantitatif dans l'économie. Le mois dernier, les ventes automobiles sur le marché intérieur américain ont grimpé à 11,05 millions, le niveau le plus élevé depuis près de quatre ans. Au pire moment début 2009, les ventes s'était effondrées à seulement 6,4 millions. Il est également intéressant de noter que les grands constructeurs automobiles ont atteint ces chiffres de ventes très honorables sans avoir recours aux rabais agressifs ni à la précédente prime à la casse couronnée de succès. Les bonnes nouvelles sont qu'il y a beaucoup de potentiel pour que cette bonne humeur continue. Avec un âge moyen des véhicules aux Etats-Unis désormais de près de 11 ans, il y a beaucoup de demande refoulée qui pourrait soutenir les ventes pendant un moment. Le marché de l'emploi s'est renforcé, l'économie semble légèrement plus saine et les revenus réels augmentent. Bien que les ventes ne soient pas encore de retour sur les niveaux de la période de la prime à la casse (12-13 millions), l'industrie est aujourd'hui plus solide.

Des niveaux élevés pour l’aussie.

Pour les haussiers sur l’aussie, ces dernières semaines ont livré des rendements fantastiques. Juste hier matin, l'AUD a réussi (de seulement quelques pips) à surpasser brièvement le plus haut observé fin octobre, bien qu’il ait échoué (de nouveau de seulement quelques pips) à briser le précédent plus haut niveau de début septembre. Comme c'est souvent le cas lors du retour de l'appétence pour le risque, c’est l'aussie qui se trouve parmi les principaux bénéficiaires. Tout comme les nouvelles positives concernant la production émanant d'Europe et des Etats-Unis, la devise a également reçu un coup de pouce dans la nuit de mercredi avec un rapport qui montrait que l'excédent commercial de l'année dernière a atteint un record, aidé par le minerai de fer en plein essor et les expéditions de charbon. En outre, certains des récents indicateurs chinois ont été plus rassurants. La Chine représente environ un quart des exportations australiennes. Il est tout à fait possible que les haussiers sur l’aussie soient en train de devenir un peu borné. Les traders sont aussi longs qu'ils l’ont été depuis août. En outre, beaucoup ont encore d’énormes positions courtes sur l’euro. À court terme, lorsque l'euro grimpera encore alors ils pourraient clôturer les positions longues sur l’aussie et les courtes sur l’euro. L’EUR/AUD est peut être en train de se retourner après une chute vertigineuse ces deux derniers mois.

Pourquoi la BCE devra céder sur la Grèce.

Nous ne le savons pas avec certitude, mais la BCE va probablement s’assoir sur à peu près 40 milliards d’obligations grecques. La pression sur la BCE pour qu’elle accepte une décote tout comme les porteurs privés d’obligations est tout à fait compréhensible d’un point de vue fondamental. La défense des banques est double. Tout d’abord, leurs achats ont été effectués principalement à des fins de politique monétaire et en tant que tels, ils ne doivent pas être considérés sous le même angle que les achats du secteur privés régis par des considérations de crédits. Ensuite, élément plus important à noter, la BCE perçoit le fait d’essuyer des pertes sur ses avoirs comme étant une rupture de la contrainte en vertu de laquelle elle réalise le financement monétaire des déficits. Mais si la BCE devait camper sur ses positions il pourrait en résulter un transfert des gains de la BCE vers ses actionnaires, en supposant que ces gains ne soient pas utilisés pour contrebalancer des pertes de son bilan en pleine expansion. Pour l’Allemagne (et plus spécialement la Bundesbank), cela pourrait se chiffrer à 3,0 - 3,5 milliards EUR sur l’hypothèse d’achat d’obligations, tout en supposant que la BCE investisse le montant maximum allouable dans ses propres réserves avant de redistribuer aux actionnaires. C’est là que réside le problème majeur du programme d’acquisition d’obligations de la BCE ; il a le potentiel de profiter lentement mais surement aux pays majeurs de la zone euro. La compensation, bien sûr, serait l’impact sur les rendements des nations périphériques. Mais si la BCE décidait résolument de conserver son statut de créditeur privilégié assumé, les détenteurs privés d’obligations demanderont une réduction encore plus importante pour prendre le risque, même si les politiques leur ont assurés que l’accord sur les obligations du secteur privé grec serait le dernier. Plus les avoirs de la BCE seront importants, plus la promesse semblera fragile.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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