Tension sur les valeurs refuge
Un des développements les plus remarquables au cours du mois de janvier a été les performances relativement fortes des devises refuge traditionnelles, principalement le yen et le franc suisse. Nous l’avons évoqué le mois précédent, mais le franc suisse est particulièrement mis en lumière, étant donné la proximité de l’EUR/CHF avec le plancher de 1,20 imposé par la BNS en septembre dernier. Il suffit que le franc suisse s’apprécie de 0,5% par rapport à l’euro pour atteindre le niveau de 1,20, le marché devient ainsi de plus en plus nerveux sur une éventuelle intervention de la banque centrale. L’autre fait remarquable est que cela se produit à un moment où l’euro est sujet à d’assez sévères short-squeeze (les cours augmentant, les détenteurs de positions courtes se ruent sur l’achat pour couvrir leurs positions ou couper leurs pertes), en raisons du nombre de positions courtes sous-jacentes (voir le commentaire ci-dessous). Une fois que le positionnement sur l’euro deviendra plus neutre, il se peut que la BNS ait davantage de difficultés à défendre la limite qu’elle a établie. Gardez aussi à l’esprit que le fait de créer autant de liquidité n’est pas un exercice sans frais en terme d’impact sur l’économie intérieure. A un moment donné dans un futur proche, les choses pourraient devenir plus confuses pour le franc suisse et surtout pour la BNS.
Commentaire
La pression de la BCE sur les périphériques.
Alors que la Grèce continue de négocier les détails avec les créanciers du secteur privé, l’attention s’est déjà déplacée sur le Portugal et plus précisément, sur la pression que la position de la BCE est en train de mettre sur le marché obligataire là-bas. Ayant atteint 15% de plus que ceux de l’Allemagne, les spreads sont actuellement au niveau de ceux de la Grèce lorsque la première implication du secteur privé avait été annoncée en juillet dernier. A cette époque, les cours des CDS grecs étaient proches de 2500 alors qu’au Portugal ils atteignent actuellement 1500. On peut en attribuer une partie au fait que le poids de la dette publique du Portugal est beaucoup moins excessif que celui de la Grèce, toujours sous les 100% du PIB selon les derniers chiffres d’Eurostat. Les politiques ont été catégoriques sur le fait que ce qu’ils demandaient à la Grèce (une dépréciation volontaire de la part du secteur privé) était exceptionnel. La suggestion initiale de la Chancelière allemande Merkel a été perçue comme le principal moteur de l’élargissement des spreads périphériques puisque les autres pays avaient peur d’être les prochains. Même si ce n’est pas à l’ordre du jour, le nouveau problème est la position supposée de la BCE en tant que créancier préférentiel à la place des porteurs d’obligation ordinaires. Cela souligne son insistance à ne pas vouloir participer à une quelconque dépréciation de la dette grecque, argumentant que cela constituerait une violation de la ‘clause de non-renflouement’ présente dans les traités de l’UE. Toutefois, si la BCE continue à acheter des obligations portugaises (comme elle l’a fait en janvier), alors une grande partie de la dette portugaise sera détenue par ce nouveau créancier préféré supposé. Si c’est le cas, les porteurs privés d’obligations deviendront de plus en plus suspicieux sur le fait qu’ils devront en prendre la charge une nouvelle fois, malgré les assurances officielles contradictoires. Par conséquent il se pourrait qu’il y ait plus de tension à venir, et malgré toutes les obligations achetées par la BCE, la pression à la hausse des rendements pourrait se poursuivre et pourrait être amplifiée par la position ferme de la BCE.
A la recherche de justification des données.
Les marchés ont débuté la nouvelle année sur un pied optimiste, il n’y pas de doute sur ce point. Nous avons vu des gains à deux chiffres sur les marchés actions au cours du mois de janvier, principalement en ce qui concerne l’Allemagne (en hausse de près de 10%) ainsi que plusieurs indices de marchés émergents (la Russie, le Pérou et l’Argentine ont tous bénéficiés de gains à deux chiffres). La question qui se pose maintenant est de savoir si les données économiques vont jouer leur rôle pour donner de la substance fondamentale à de tels gains. La réponse provisoire d’hier a été ‘Oui’, avec des données PMI modestement supérieures à celles attendues aussi bien en Chine (l’indice manufacturier restant au-dessus de 50) qu’en Europe, avec une amélioration marginale des données provisionnelles du PMI manufacturier. Le plus remarquable fut la parution des données du Royaume-Uni, montrant un rebond de l’indice principal de 49.7 à 52.1. Des suggestions ont été émises sur la possibilité que le Royaume-Uni échappe à un second trimestre de croissance négative, mais il est trop tôt pour parier dessus, surtout que l’équilibre de la croissance pour le quatrième trimestre doit être révélé bientôt. Nous avons déjà mis en évidence que 2010 et 2011 ont débuté à la surprise générale avec des données économiques à la hausse (essentiellement aux Etats-Unis), suivies de retournements de situation avec des parutions décevantes fin février et en mars. Ce qui est aussi remarquable, c’est la volonté de la FED à maintenir une position accommodante sur sa politique et laisser la porte ouverte pour le 3ème assouplissement quantitatif malgré de meilleurs chiffres. Cela renvoie au fait que les ralentissements généraux de l’activité économique dus au désendettement généralisé (balance-sheet recessions) tendent à être plus longs que les autres et ce contre presque toutes les attentes. Cela renforce les actions de la Fed mais aussi les commentaires récents émis la semaine dernière par le gouverneur de la banque d’Angleterre, King. Ainsi, même si la tendance modérément plus positive se poursuit, les responsables des banques centrales seront les derniers à s’enthousiasmer.
L’impitoyable short-squeeze sur l’euro.
Mercredi, nous avons observé une autre démonstration impressionnante avec l’assiègement de la monnaie unique ce matin. Après avoir semblé décidément vulnérable à près de 1,30 au début de la session de Londres, elle a ensuite rebondi au-dessus de 1,32 à un moment donné. Ce qui a soutenu cette reprise furent les chiffres du PMI de janvier plus élevés que prévus en Europe, l'optimisme sur le fait qu’un accord sur la dette grecque pourrait désormais être très proche, les rendements obligataires en baisse pour l'Italie et l'Espagne ainsi qu’une amélioration de l'appétence pour le risque à tous les niveaux. L’augmentation de la masse salariale du secteur privé américain de 170K en janvier (tel que rapporté par ADP Employer Services) a également contribué à la tendance. Il y a eu des rapports sur le fait que les fonds souverains sont à nouveau sur l'offre – ce qui contraste avec les derniers mois de 2011. Dans les premières semaines de 2012 il y a principalement eu des acheteurs sur la faiblesse. En termes d'action fondamentale des cours, le rebond de ce matin fournit à nouveau d’importants encouragements pour les haussiers. La couverture des positions courtes a une nouvelle fois été une caractéristique d'aujourd'hui puisque les négatifs sur l'euro commencent à jeter l’éponge de désespoir. Les haussiers sur l’euro ont les baissiers les aidant dans la course. Par ailleurs, ce douloureux short-squeeze ira probablement beaucoup plus loin. Comme c'est toujours le cas, les opérations les plus rentables sont celles les plus douloureuses.
Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist
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