La confusion de l’euro



Nous avons vu lundi tant de forces adverses agir sur la monnaie unique qu’il était parfois difficile de savoir où regarder. Pour les baissiers sur l’euro, il y a eu la révélation sur le fait que le financement de la BCE aux banques italiennes a atteint le chiffre de 210 milliards d’EUR le mois dernier (jusqu'à 57 milliards d’EUR depuis novembre), les nouvelles sur l’effondrement de la production industrielle grecque (de 8% en glissement annuel en novembre), une certaine spéculation sur le fait que la BCE pourrait réduire ses taux de 25pb jeudi et l'annonce que les investisseurs sont désormais prêts à payer le gouvernement allemand pour posséder leurs bons du Trésor. Pour les haussiers, les signes que le pacte fiscal pourrait devenir efficace après les réprimandes de l'UE à la Belgique ont aidé, tout comme les derniers chiffres sur les exportations allemandes (en hausse de 2,5% en novembre) et sur les exportations françaises. Certaines opérations de couverture ont aidé les haussiers avant la dernière réunion de Merkozy. Techniquement, l'euro semble très survendu. Après être tombé à 1,2666 hier, un plus bas en 17 mois, l'euro a progressivement grimpé le mur des inquiétudes et n’est désormais pas loin de 1,28. Pour l'instant, l'hypothèse sous-jacente de la grande majorité des participants du marché est que l'euro va encore descendre. C’est peut-être juste, mais nous pourrions avoir une surprise avec tout d’abord un euro fort.

Commentaire

De nouveaux problèmes pour la livre sterling.

Avec les feux des projecteurs principalement braqués sur l'euro ces derniers mois, la livre a été discrète depuis un certain temps. Elle a tranquillement atteint un nouveau plus haut en 16 mois contre la monnaie unique hier ; elle a attiré quelque afflux de capitaux en provenance du continent sur les Gilts et l’immobilier londonien de la part d'investisseurs désireux de réduire leur exposition à un euro en difficulté, et elle a même parfois été mentionnée comme une valeur refuge. Malgré l’effroyable situation fiscale du pays, le rendement du Gilt à 10 ans est désormais à 2,0%. La livre a rendu une partie de ses récents gains face à l'euro hier, ce qui n'est pas surprenant étant donné la quantité de nouvelles négatives autour de celle-ci. Selon Visa, les dépenses des consommateurs au Royaume-Uni ont chuté de 1,0% en décembre en glissement mensuel, et de 0,8% en glissement annuel. Deloitte rapporte qu'il y avait une augmentation de 11% du nombre de détaillants placés sous administration judiciaire l'année dernière, avec une nouvelle hausse probable dans le trimestre en cours suite aux conditions commerciales très difficiles des derniers mois de l'année dernière. Le consommateur britannique continue de garder son portefeuille bien fermé. Cependant, le développement le plus inquiétant pour la devise hier fut un rapport du FT qui suggère que le Premier ministre pourrait accepter l'idée d'augmenter la contribution britannique au FMI (qui sera finalement réservée pour sauver l'Europe). Selon l'article, la question de l'augmentation des contributions au FMI se posera probablement lors de la réunion du G20 des ministres des Finances le mois prochain, et si le Japon, la Chine et le Brésil sont d'accord, alors le Royaume-Uni pourrait être contraint de se joindre à eux. Le Royaume-Uni a déjà plaidé pour gagner du temps avant d'engager des fonds supplémentaires pour le FMI dans le cadre de l'engagement de l'UE du mois dernier d’envoyer 150 milliards d’EUR à Washington. Ces eurosceptiques du parti conservateur seront consternés que tant d'argent supplémentaire soit exigé à un moment où le pays tente désespérément de remédier aux terribles finances de l'Etat. S'il y a des indications sur le fait que le premier ministre soit prêt à faire un plus gros chèque au FMI, alors cela nuira certainement à la devise. Très simplement, plus gros est le chèque, plus il y aura de dégâts sur la livre.

Le pacte fiscal européen pourrait avoir quelques difficultés.

Malgré de sérieuses réserves exprimées le mois dernier lors de l’annonce du pacte fiscal de la zone euro, il semble qu’il ait bel et bien quelques difficultés. La semaine dernière, la Commission européenne a rejeté le projet de budget 2012 présenté par le nouveau gouvernement belge, affirmant que les hypothèses de croissance sur lequel il reposait étaient trop optimistes. Olli Rehn, le commissaire aux affaires économiques et monétaires a exigé qu’il comprenne des réductions supplémentaires de 0,3-0,5% du PIB, ce qui équivaut à plus de 1,2 milliard d'euros. Hâtivement, le nouveau gouvernement de coalition a été contraint de trouver des réductions de dépenses supplémentaires au cours du week-end, en décidant de geler l'entretien des chemins de fer ainsi que des marchés publics pour la défense dans une tentative pour éviter les sanctions / amendes de plusieurs centaines de millions d'euros. Le responsable belge Luc Coene a pesé dans le débat du week-end, affirmant que les dépenses publiques de ces dernières années en Belgique avaient été trop élevées et qu’elles devaient être inférieures à la croissance de l'économie afin d'être durables. La Belgique n'est pas le seul pays de l'UE que la Commission a spécifiquement pointé du doigt comme un mécréant fiscal. En novembre dernier, la Pologne, Chypre, Malte et la Hongrie ont également été identifiés. Le véritable test du pacte, cependant, est de savoir si la Commission a le courage de s'attaquer à des transgressions fiscales de l'une des plus grandes économies d'Europe (disons Espagne, Italie, France). Jusqu'à ce qu'elle ne le fasse, le pacte fiscal sera considéré comme faisant plus de bruit qu’autre chose.

Le Président de la BNS se retire.

En dépit d'être débarrassé de toute impropriété, le Président de la BNS Hildebrand a donné sa démission hier en réponse à des questions sur l'activité de négoce de son épouse. Le franc suisse a d'abord bondi sur la nouvelle, l’EUR/CHF atteignant presque 1,21 et le swissie tombant en dessous de 0,95. Une question cruciale tant pour les investisseurs et les traders est de connaitre les effets de la démission d’Hildebrand sur la détermination de la BNS à faire respecter le plafond de 1,20 pour l’EUR/CHF. Heureusement, la BNS a un certain nombre de cadres supérieurs bien équipés pour remplir le rôle d’Hildebrand. En tant que tel, il est peu probable qu’il y ait une discontinuité politique en raison de la démission d’Hildebrand.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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