La domination du dollar




Bien que le déclin de l’euro sous les 1.30 attire beaucoup l’attention sur le marché FX, c’est en vérité la hausse continue du dollar qui devrait générer beaucoup plus d’intérêt. L’indice du dollar est monté jusqu’à 80.5 hier, pas très loin du plus haut de l’année enregistré durant les premiers jours de janvier. Depuis la fin octobre, l’indice du dollar a augmenté de plus de 7%, un mouvement très important pour la principale réserve de devises du monde. La demande en dollar ces deux derniers mois a été très marquée pour diverses raisons. En premier lieu, aussi bien les investisseurs que les traders se sont pressés de diversifier une partie de leur exposition en euro sur le billet vert, ayant peur que la crise souveraine de la dette et la crise bancaire ne mènent à la disparition de la monnaie unique et/ou de plusieurs principales banques européennes. En second lieu, les marchés financiers en Europe sont complètement figés, rendant extrêmement difficile pour les banques et les entreprises l’obtention de financement. Le résultat en est qu’il sont obligés de trouver des financements dans d’autres devises, principalement le dollar. Troisièmement, le dollar américain bénéficie de l’amélioration de l’économie américaine, ce qui contraste fortement avec la situation européenne où la plupart des économies sont soit déjà soit sur la voie de la récession, et aussi avec le ralentissement de croissance des pays asiatiques. Mardi, la FED a revu ses prévisions économiques à la hausse. Pour donner encore plus de poids à la force de la demande du dollar actuelle, le papier à dix ans a généré une offre/couverture de 3.53 fois, un résultat très décent. Pour être clair, le dollar ne bénéficie pas uniquement de l’abandon de l’euro; le prix de l’or s’est encore effondré de 150 USD cette semaine comme les investisseurs ont réduit leur mise sur la valeur refuge du métal précieux en faveur du billet vert ; Les devises à béta élevé comme le dollar australien et la roupie indienne souffrent également. Il est n’est donc guère étonnant que le dollar reçoive un telle demande. Comme nous le suggérions récemment, ces thèmes en faveur du dollar vont encore fonctionner pendant un moment.

Commentaire

Plus d’impulsion pour l’assouplissement de la Chine.

Presque quotidiennement, la situation oblige les responsables chinois à adopter une plus confortable position. La croissance du M2 (mesure de la quantité de monnaie en circulation, permet aussi de prévoir l’inflation) a chuté de 12.7% le mois dernier en glissement annuel, la plus faible de la décennie. De plus, le Conference Board affirme que les risques d’un plus profond ralentissement de la seconde économie mondiale ont augmenté. La dépêche de l’agence Xinhua suggère que la réunion de planification annuelle a qualifié la perspective économique mondiale de ‘‘très sinistre’’ et visait ‘’ une croissance relativement rapide’’ pour la Chine l’année prochaine. De plus, la référence manifeste de l’année dernière concernant la priorité pour stabiliser les prix a été omise dans le document politique cette fois-ci. La façon par laquelle procèdera la Chine pour se diriger vers un assouplissement est la suivante : les sens des actions devrait être une réduction graduelle des réserves obligatoires bancaires, des réductions d’impôts et moins de dépenses gouvernementales. Des taux d’intérêt plus bas arriveront avec le temps, mais Pékin devra être prudent pour éviter que le génie de l’inflation ne ressorte de sa lampe.

La hausse de la livre sterling contre l’euro.

A bien des égards, il est surprenant que cela ait pris tant de temps. L’EUR/GBP a fortement chuté ces derniers jours, passant le niveau de 0.84 pour la première fois depuis la mi-février. Depuis la fin octobre, la livre s’est appréciée de presque 5% contre la devise unique. Bien sûr, ce n’est pas la seule à réaliser de bons scores contre l’euro – durant le trimestre, par exemple, L’Aussie est hausse de près de 7%, alors que le réal brésilien a gagné plus de 5%. En tant que telle, toute tentative pour dépeindre la livre comme ‘forte’ serait trompeuse. Elle a pu surperformer par rapport à l’euro et au franc suisse mais est baisse par rapport au dollar et n’a presque pas bougé par rapport au yen. Pour une économie devant affronter des challenges importants au niveau économique et financier, une monnaie forte est la dernière chose à avoir. Il est peu probable que cela arrive, excepté peut-être contre l’euro.

Le pari sur la croissance de la BNS.

Les données suisses d’hier ont mis en lumière le dilemme auquel doit faire face la BNS durant sa réunion trimestrielle d’aujourd’hui. Les prix à la production et à l’importation sont en baisse de 0.8% en glissement mensuel en novembre, avec le taux annuel chutant encore plus dans le négatif de -1.8% à-2.4% en glissement annuel. Et qui fait suite aux dernières données CPI qui montraient que les prix déclinaient de-0.5% en base annuelle. La question clé pour la BNS est de savoir si elle doit modifier le plafond de l’EUR/CHF à son niveau actuel de1.20 établi en septembre dernier. Chose qui n’est pas inhabituelle pour la Suisse, le marché domestique dit une chose, alors que le cadre international suggère autre chose. Au niveau interne au moins le besoin est plutôt fort. Au-delà des plaintes anticipées des exportateurs suisses (qui se sont bien fait entendre), La Suisse a vu l’emprise de la déflation ces trois derniers mois. Dans le même temps, l’EUR/CHF abaissé à 1.2360, ayant été à un plus haut de 1.2440 il y a une semaine. La BNS a accompli énormément avec sa mesure en septembre dernier, pas uniquement par son élément de surprise ni par son audace. Les obstacles pour réaliser la même chose cette fois sont naturellement plus élevés, aux vues du positionnement du solde du marché (les marchés ayant été Long sur le CHF en septembre) ne sera pas d’une grande aide. Ensuite il y a aussi l’impact sur l’économie domestique. La base monétaire est montée en flèche depuis la mesure de la BNS de septembre, ce qui crée de nouveaux risques pour l’économie domestique qui seraient exacerbés par un mouvement sur le taux de change plafond, cela deviendrait plus difficile particulièrement s’il se défend contre un euro faiblissant. Il y a toujours une chance probable de voir un mouvement sur le taux de change plafond, mais les risques sont plus importants pour la BNS cette fois sans aucun doute.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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