Toujours plus de vent de la part de Merkozy




Croyaient-ils honnêtement que l’offre d’hier serait suffisante pour convaincre qu’ils s’étaient résolus à aller vers une union fiscale pour l’Europe ? Parce que les mesures annoncées ne représenteront en aucun cas ne serait-ce qu’une petite partie de la résolution de la crise de la dette de la zone euro. Du point de vue des marchés, l’espoir était probablement plus important pour une approche vers une plus grande union fiscale qui aurait permis à la BCE de jouer un rôle plus actif, un espoir qui est contesté désormais après ce qu’il passait hier à Paris. Le problème d’un déficit (supposément) plus important et des sanctions liées aux dettes proposées sont le caractère exécutoire. L’Europe en était déjà arrivée à l’idée des sanctions mais n’est jamais allé plus loin vu que les gouvernements nationaux n’étaient pas prêts à abandonner la souveraineté fiscale. Apparemment, les deux leaders ont dit lors de la conférence de presse que la Commission Européenne n’aurait pas le droit au véto concernant les budgets nationaux, mais plutôt que la Cour Européenne de Justice serait en mesure de déclarer si les budgets nationaux sont compatibles avec un budget équilibré en moyen terme. Franchement, si c’est tout ce qu’ils peuvent faire et bien ce n’est pas grand-chose. Il existe toujours des divergences importantes de part et d’autre. Le simple fait d’essayer de corriger la mise en place d’un régime bancal n’est pas assez bon. Si c’est tout ce qu’il y a alors c’est très décevant.

Commentaire

L’avertissement de S&P sur la couverture de la zone euro.

Franchement il y a peu à dire à propos de l’annonce faite hier soir par S&P qui mettait sous surveillance négative 15 états membres de la zone euro concernant leur notation souveraine à long terme. Après plusieurs mois de tergiversations de la part des leaders européens, leur échec collectif à mettre en place une réponse globale à la dette de la crise de la zone euro pèse sur la patience des agences de notation. S&P a tout à fait raison d’avertir ‘’que des tensions systémiques dans la zone euro ont été générées ces dernières semaines’’, exerçant une pression baissière sur la solvabilité de tous les membres. S&P a mis en évidence cinq facteurs étroitement liés qui contribuent à l’augmentation du risque systémique : 1) le resserrement des conditions de crédit ; 2) des primes de risques beaucoup plus élevées sur un nombre croissant de pays de la zone euro ; 3) des désaccords permanents parmi les décideurs européens sur comment restaurer la confiance des marchés et sur comment affronter des challenges à long terme tels que la convergence économique et fiscale ; 4) des niveaux élevés d’endettement des gouvernements et des ménages ; 5) le risque croissant de récession dans la zone euro. Contrairement au dirigeants européens, S&P espère terminer son examen rapidement, avec une annonce attendue après avoir analysé les résultats du prochain sommet de l’UE vendredi. Pour les pays qui n’ont pas le triple A, S&P pourrait très bien décider d’abaisser la note de deux crans.

Le rôle croissant des Etats Unis dans la crise de la zone euro.

Les politiques américains continuent d’explorer les différentes façons d’aider l’Europe car tous reconnaissent qu’elle n’a ni la puissance de feu politique ni financière pour résoudre sa crise de la dette souveraine et celle bancaire par elle-même. La semaine dernière, La Réserve Fédérale (aux côtés d’autres grandes banques centrales) a accepté de réduire le coût de financement en dollars de 50pb dans le but de déboucher partiellement les canaux gelés des marchés monétaires européens. Selon Die Welt, la Réserve fédérale pourrait se préparer à fournir des fonds au FMI qui pourrait les mettre à disposition des pays en difficulté. En fin de semaine dernière, une idée similaire a été annoncée en Europe selon laquelle les banques centrales de la zone euro prêteraient des fonds au FMI. Apparemment, ils espèrent que les banques centrales internationales au travers de ce programme de prêt du FMI puissent égaler la puissance de feu du FESF. Le Secrétaire au Trésor américain Tim Geithner est à Francfort cette semaine pour garder un œil sur les derniers efforts fait par le l’Europe pour remédier à la crise financière et il est probable qu’il discutera des options par lesquelles les Etats Unis pourraient alléger le fardeau européen, dont cette proposition de prêt via le FMI. A court terme il est aussi possible que la FED réduise le taux d’actualisation de 25pb de 0.50% comme une tentative pour soulager les tensions des marchés et comme un suivi de l’action de la semaine passée sur les taux de swap du dollar. L’Amérique fait définitivement sa part pour aider l’Europe dans cette époque de difficulté financière extrême.

Le décalage de la zone euro.

La propagation des données des achats des gestionnaires parues hier révèle un nouveau fléchissement de l’activité en Europe, alors que les données sur les services anglais montrent une modeste amélioration en restant au-dessus du niveau de 50. Ce qui est important de noter c’est que la mesure composite pour l’Allemagne passe en dessous du niveau de 50 (en baisse à 49.3) pour la première fois depuis 2009. La lecture des données sur les services a été révisée à la baisse à 50.3 en novembre alors que l’estimation initiale pointait à 51.4. Les données s’inscrivent dans la perspective de la réunion de jeudi de la BCE durant laquelle les dernières prévisions seront présentées. Cela donne l’occasion à la BCE de réviser substantiellement ses perspectives de croissance. En août dernier, le point médian de la fourchette de croissance du PIB était de 1.3% en 2012. La semaine dernière l’OCDE prévoyait que l’économie de la zone euro serait quasi nulle prévoyant une croissance tout au plus de 0.2%. La parution des données de l’indice Sentix sur le sentiment des investisseurs ce matin indiquait aussi une croissance plus modérée, continuant de chuter pour le cinquième mois consécutif. Sur cette base, il serait possible pour la BCE d’entreprendre une réponse politique plus agressive que l’assouplissement de 0.25pb actuellement en place. Mais beaucoup d’aspects de la politique de la BCE sont pris dans le tourbillon de la crise de la dette de la zone euro et la politique ne se limite pas uniquement aux taux d’intérêt. Pour cette raison, il est probable que la BCE fasse une erreur de jugement en restant prudente sur la coupe des taux, surtout vus les signaux d’une approche moins rigide en ce qui concerne d’autres sphères de la politique. Cela ne signifie pas qu’il faille se préparer à une hausse substantielle de l’achat d’obligations. Au contraire, il semble que l’on se dirige vers des options plus radicales, sujettes à certaines conditions.

La BNS susceptible de relever le plafond de l’EUR/CHF à 1.30.

Les décideurs de la BNS se rencontreront le 15 décembre pour leur évaluation trimestrielle de la politique monétaire et l’ajustement du plafond à 1.20 de l’EUR/CHF sera en tête de liste de l’ordre du jour. Depuis lors, il est clairement évident que l’économie souffre réellement de la force du taux de change ; la confiance des entreprises et des consommateurs a considérablement chuté, les ventes de détail réelles ont baissé de 0.2% en glissement annuel en octobre, les prix à la consommation sont maintenant en déclin et il y a une forte perspective de récession pour le premier semestre de l’année prochaine. Il est utile de noter que les exportations comptent pour la moitié du PNB de la Suisse par conséquent la sensibilité du taux de change est très élevée. Un grand nombre d’entreprises ont annoncé ses derniers mois des programmes de réduction d’emploi importants, et certaines pensent à délocaliser leur siège hors du pays. Bien que la BNS puisse être contente de sa courageuse action sur le plafond en septembre, il est clair à l’esprit qu’il faut faire plus. Le mois dernier, le vice-président de la BNS Jordan a averti que l’économie pouvait bien devenir une croissance négative. Les taux d’intérêt interbancaires à court terme sont légèrement négatifs, donc il y a peu à faire du côté des taux d’intérêt afin de booster l’économie. Comme l’a dit clairement la BNS il y a de cela trois mois, en ce qui concerne la surévaluation massive de CHF, elle ‘cherche un affaiblissement substantiel et durable du franc suisse au travers d’achats de devises étrangères en quantité illimitée’. Après cette période de trois mois la monnaie suisse s’est peu affaiblie contre l’euro (après ajustement initial), à un moment où l’économie a été pire que ce que la BNS prévoyait. Récemment, certains commentateurs ont suggéré que la BNS pourrait relever le plafond à 1.25 lors de cette prochaine rencontre. Cela semble beaucoup trop conservateur, et cela serait très surprenant que cela ne soit pas plus agressif. Selon certaines estimations, la parité du pouvoir d’achat de la devise est proche de1.50. Il semblerait impensable que la BNS ne relève pas le plafond à au moins 1.30. La SNB n’y va pas par palier.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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