Des problèmes de synchronisation



Avec les derniers chiffres PMI en Chine à nouveau sous le niveau crucial de 50, les marchés sont devenus davantage préoccupés cette nuit par la nature de plus en plus synchrone du cycle économique mondial. Durant la période 2007-2010, la production des pays du G7 s’est contractée de 1% en termes réels. Dans le même temps, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ont vu leur production augmenter de 24% sur cette période. En d'autres termes, le monde émergent a réussi à se dissocier. Sous un certain angle, étant donné que nous sommes dans une crise du marché des pays souverains développés, la même chose devrait se produire cette fois-ci, notamment parce que le FMI voit la dette souveraine des marchés développés augmenter au cours des cinq prochaines années (jusqu'à 106% du PIB) et la dette des marchés émergents baisser (29%). D’un point de vue plus large, ces thèmes sont susceptibles d’être prédominants, mais à plus court terme le ralentissement en Chine doit être géré. Cela requiert une croissance mieux équilibrée à court terme avec un rythme plus durable, mais sans basculer dans le courant descendant du ralentissement des marchés développés. C'est un équilibre délicat à atteindre.

Commentaire

La roupie indienne perd de son attrait.

L'INR s’est dépréciée de près de 20% depuis la fin du mois d'août, de loin la plus forte baisse parmi les principales devises asiatiques. Les investisseurs internationaux, inquiets par la contagion de la crise de la dette souveraine et bancaire européenne, ont abandonné les actifs Indiens cette année. Par exemple, le Sensex a chuté de 22% en 2011 ce qui en fait l'un des marchés actions émergents les moins performants. L'effondrement de la devise représente un énorme défi pour la Reserve Bank of India, à un moment où l'économie s’affaiblie clairement et où l'inflation reste élevée. La détérioration significative de la situation budgétaire du gouvernement est particulièrement inquiétante, reflétant un ralentissement marqué de la collecte des recettes. Aussi, les prix élevés du pétrole font pression sur le déficit commercial à un moment où les exportations ralentissent à cause de la demande étrangère plus faible. Le déficit commercial du mois d'octobre de 19,6 milliards d’USD était le plus élevé depuis 1994 ! Pour sa part, la capacité d'intervention de la Reserve Bank of India est rendue quelque peu limitée car les banques locales ont emprunté massivement auprès de la banque centrale au cours des dernières semaines. Cela dit, il a été suggéré que la RBI devra s'engager prochainement dans un certain assouplissement quantitatif sur le plan industriel. Les taux d'intérêt pour toutes les échéances en Inde sont à un niveau écrasant de 9%. La RBI a déjà levé les taux d'intérêt directeurs à sept reprises cette année, afin de combattre l'inflation croissante. Malheureusement, il n’en demeure pas moins que lorsque les économies avancées éternuent, de nombreuses économies émergentes attrapent froid.

Un mois difficile pour l'aussie.

Dans un contexte d’inquiétudes renouvelées en ce qui concerne la croissance mondiale, de crise de la dette souveraine européenne et du commencement d'un cycle de baisse des taux potentiellement significatif de part de la RBA, l’aussie a connu un mois très difficile. Après avoir presque atteint 1,08 fin octobre, l'AUD a chuté de près de 10%, touchant presque 0,98 hier. Une partie de l'explication de sa récente faiblesse réside dans le repositionnement des traders en vue de la fin de l’exercice financier, qui pour certains est en fait la fin du mois de novembre. Par ailleurs, il semble y avoir eu quelque chose d'aspirant à l'égard des achats de fonds souverains dernièrement. La tendance de diversification à l’égard du dollar, qui a été une caractéristique constante de l'activité ces dernières années, semble avoir été mise en veilleuse temporairement. Le rétrécissement des différentiels de taux d'intérêt a été une autre source de pression à la vente pour l'aussie. Maintenant que la RBA a entamé un cycle de réduction de taux, il y a une attente croissante que cela puisse être le début de quelque chose d’un peu plus substantiel. En effet, certaines banques locales ont récemment suggéré que le taux de base pourrait chuter à 3% à partir de l'actuel 4,5% au second semestre de 2012. Malgré l’obscurcissement des perspectives de croissance mondiale et le potentiel de chute sensible du taux de base domestique, il est intéressant de souligner que les investisseurs internationaux tiennent toujours l'aussie en haute estime. Avec l'Europe qui continue à déclencher une appréhension généralisée, les investisseurs étrangers ont été encouragés par l'engagement du trésorier Swan de s’assurer que le budget redevienne excédentaire. L'Australie conserve une cote de crédit AAA, et ses banques sont également très appréciées. Les baissiers sur l’aussie ont bénéficié d’une rentabilité en novembre après un mois d’octobre désastreux, mais ils ne peuvent pas se permettre d'être complaisants. Tandis que l’Europe plonge, l'AUD va probablement continuer à attirer un certain intérêt à l’achat de la part de l'étranger.

Le douloureux parcours fiscal du Royaume-Uni.

Le Premier ministre britannique a ouvert la voie hier à certaines prévisions économiques pessimistes lorsque le chancelier effectuera sa déclaration automnale la semaine prochaine, avec des révisions à la baisse du profil de croissance de la BoE de la semaine dernière qui ajoutent également des perspectives plus pessimistes. Mais avec sept mois de l'exercice déjà passés, les chiffres du budget ne paraissent pas si mal. En effet, si l'on exclut les interventions du secteur financier, ils sont actuellement en passe de répondre à peu près à l'objectif de déficit annoncé dans le budget de Mars pour l’exercice financier actuel. Les recettes sont de 5% supérieures à la même période il y a un an et, tandis que les dépenses courantes sont plus élevées, les dépenses d'investissement net sont d'environ 40% inférieures. Pourtant, une baisse du PIB pourrait bien signifier que la prévision de 5,8% pour le déficit de l’exercice financier en cours est dépassée, mais pas par une marge substantielle. Le Royaume-Uni a aussi bénéficié de coûts de financement nettement inférieurs qui ont été imputés plus tôt cette année. Bien sûr, ses bénéfices sont parvenus seulement dans le même temps du refinancement de la dette, et le Royaume-Uni a aussi une maturité moyenne plus longue que la plupart des autres pays développés, cela est donc lent. Mais contrairement aux États-Unis, le Royaume-Uni n’utilise pas cet environnement de faible rendement comme un prétexte pour traîner des pieds sur la consolidation budgétaire requise. Ça fait mal, mais l'Italie, l'Espagne et les autres apprennent à quel point l'alternative peut être douloureuse.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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