Les avertissements pour les Etats-Unis devraient être clairs
Tard hier soir, la ‘super-commission’ du budget américain, mise en place en août pour chercher des façons de s'attaquer au déficit, n'est parvenue à aucun accord, entrainant ainsi à nouveau l’attention des marchés sur les États-Unis et sur ses propres problèmes d’endettement. A un certain niveau, cela ne devrait pas être considéré comme une grande surprise étant donné la politique partisane de Washington, et des réductions de dépenses qui entreront en vigueur en 2013 étaient tributaires du comité qui n’est pas parvenu à un accord. Ainsi, ce fut l'un des scénarios planifiés et légiférés. Cela dit, tout comme les nations périphériques de la zone euro ont été protégées de leur laxisme budgétaire par des taux ultra-faibles entre 2000 et 2007, il en est de même pour les Etats-Unis en ce moment présent, via une forte devise de réserve et une importante demande de bons du Trésor, poussant le rendement à 10 ans à nouveau sous les 2%. C'est une combinaison toxique, davantage motivée par le positionnement des investisseurs et par la liquidité que par les purs fondamentaux, mais si un pays l’utilise pour retarder les remèdes nécessaires, alors les sanctions seront sévères.
Commentaire
Une demande constante de dollars.
Toujours de manière progressive, ces interrogations sur le statut de devise de réserve du dollar ont presque disparu. Etant la deuxième devise la plus liquide au monde sous l'attaque structurelle soutenue, et avec la BOJ et la BNS se battant vigoureusement contre la force de leur devise locale, il y a peu d'alternatives au billet vert pour la plupart des investisseurs. L'indice du dollar est encore en hausse de 0,5% cette semaine déjà ; au cours des trois derniers mois, il a gagné plus de 6%. L’attraction du dollar comme valeur refuge, aidée par des marchés de capitaux considérablement liquides et des banques bien capitalisées, ont permis aux participants du marché financier de mettre de côté leur réticences antérieures concernant la volonté de la FED de relancer les presses d'impression à chaque fois que l'économie semble prête à vaciller vers la récession. Les inquiétudes sur la taille du déficit budgétaire ainsi que le manque de consensus politique à Washington pour y remédier ont aussi été ignorés, au moins temporairement. Beaucoup de banques européennes, qui luttent pour avoir à nouveau accès au financement, ont désespérément tenté d'obtenir du financement en dollars. Selon la Réserve fédérale, les dépôts effectués par les banques étrangères (à la Fed) ont plus que doublé cette année, jusqu’à 715 milliards d’USD. L'insistance des régulateurs pour que les institutions financières améliorent leurs positions de liquidité a aidé la demande de titres du Trésor à court terme tels que les bons et les billets – les bons du Trésor à trois mois ont désormais un rendement égal à zéro. Les achats étrangers d'actifs américains ont également été très importants cette année – en est témoin la performance relative des actions américaines. Malgré les baisses de 20% ou plus sur la plupart des bourses européennes en 2011, l'indice Dow Jones est en réalité légèrement positif pour l'année à ce jour. En termes très simples, si la monnaie unique continue de plonger, alors le dollar restera un des principaux bénéficiaires.
L'honnêteté rafraîchissante de la Chine.
Les dirigeants chinois n’ont pas tourné autour du pot récemment. Les commentaires les plus rafraîchissants au cours du week-end ont été ceux du vice-Premier ministre chinois et du directeur financier, M. Wang Qishan, qui ont déclaré que « la situation économique mondiale est extrêmement grave » et que « la seule chose dont nous pouvons être certains, c'est que la récession économique mondiale provoquée par la crise internationale va durer longtemps. » Une vue très pessimiste, de loin la plus négative de la part d’un officiel chinois, mais néanmoins sans doute remarquablement prémonitoire. Récemment, un autre conseiller principal du gouvernement chinois a déclaré que l'Europe avait besoin d'augmenter la productivité, de reconnaître que son modèle de protection sociale n'était plus abordable et de travailler plus dur. Encore une fois, c’est simplement dit, mais c’est tout à fait exact. En tant que premier exportateur mondial, il n'est guère étonnant que la Chine soit de plus en plus alarmée par le ralentissement de la croissance mondiale de ces derniers mois, notamment en Europe. En outre, la candeur des récents commentaires implique un changement de mentalité parmi les décideurs politiques à Beijing vers une position plus accommodante. La Chine est bien placée pour répondre à la faiblesse de l'activité intérieure grâce à une combinaison d’une politique budgétaire plus accommodante, de taux d'intérêt bas et de réserves obligatoires réduites. Toutefois, pour ceux qui espèrent davantage d’appréciation de la devise du yuan, cela est beaucoup moins susceptible de se produire étant donné les défis en matière de croissance auxquels la Chine est maintenant confrontée.
La course contre le temps de l’Espagne.
La principale différence entre le changement de gouvernement en Espagne (élection du week-end dernier) et en Italie (démission de Berlusconi) est qu’en Italie la question était de savoir s’il s’agissait d’une crise politique ou économique. En Espagne le débat n’est pas vraiment nécessaire, le chômage étant à 22% et celui des jeunes le double. La réaction du marché a été notablement ambivalente en raison du fait que le nouveau gouvernement conservateur ait gagné la plus grande majorité parmi tous les partis depuis plus de 30 ans. Il y a un an, un tel résultat aurait incité un emballement des marchés. En commandant une majorité absolue au Parlement, le Parti populaire sera capable légiférer relativement facilement, mais la plupart des propositions sont essentiellement du rafistolage. Jusqu'ici, il doit encore apporter des propositions de plus grande envergure qui lui donneraient une certaine marge de manœuvre en termes de pression du marché et qui lui donneraient une chance d'atteindre son objectif de 4,4% pour le déficit budgétaire de l'an prochain. Mais la principale question est de savoir si le problème est maintenant trop important pour que l'Espagne puisse y faire face elle-même. Sur ce point, on s’interroge toujours, mais sans des mesures plutôt drastiques prises rapidement par le nouveau Premier ministre, le verdict des marchés sera assez rapide.
Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist
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