Un euro remarquablement résistant



Pour revenir à une observation que nous avons faite fréquemment au cours des derniers mois, il reste extrêmement intéressant de constater que l'euro ne soit pas significativement plus faible qu'il ne l'est. Assailli par trois sauvetages souverains, par l'effondrement des cours boursiers obligataires et bancaires, par les tensions extrêmes en termes de financement, par une politique incroyablement maladroite dans le processus de décision, par la chute de confiance des entreprises et par l'augmentation des signes que l'Europe est peut-être déjà en récession - la plupart se serait attendu à ce que l'euro soit beaucoup plus faible . Actuellement aux alentours de 1,3550, il est seulement un peu en-dessous de sa moyenne sur douze mois, et reste près de 20% au-dessus du niveau d’il y a presque une décennie lors de la mise en circulation des pièces et des billets. Les traders, les investisseurs, les banques et les fonds souverains ont tous évité censément la monnaie unique ces derniers mois. En fait, il est assez primordial de tenter d'expliquer pourquoi l'euro a été si résistant. Un certain nombre d'explications viennent à l'esprit. Premièrement, les autres grandes banques centrales (Fed, BOJ et BoE) ont toutes entrepris un assouplissement quantitatif de fond, qui, toutes choses étant égales par ailleurs, entraîne une augmentation importante de l'offre de devise. Pour sa part, la BCE n'a pas donné dans le péché de la banque centrale en faisant marcher la planche à billets. Deuxièmement, la BCE a été la seule des grandes banques centrales à relever ses taux d'intérêt cette année en réponse aux menaces perçues concernant l’inflation. Cela peut avoir été une erreur politique énorme, mais néanmoins elle a aidé pour un temps la monnaie unique. Troisièmement, il y a un point de vue que, quoi qu'il arrive à l'euro, même s’il doit se briser il reposera toujours sur une Allemagne forte. Enfin, il pourrait être soutenu que lentement mais sûrement, l'Europe est en train de fixer certains problèmes endémiques structurels qui ont pesé sur elle pendant si longtemps, à savoir le manque de compétitivité et des dettes élevées parmi les mécréants fiscaux. Il y a encore un très long chemin à parcourir, et il se pourrait encore que tout s’écroule, mais pour l'instant il y a assez d'investisseurs qui n'ont pas encore complètement perdu espoir et, les fonds souverains restent désespérément à la recherche de diversification hors de leur dépendance incessante au dollar.

Commentaire

L'Allemagne endosse aujourd'hui le rôle de père.

Si cela n'était pas clair auparavant, ça l’est désormais - Berlin contrôle à l'heure actuelle tous les tirs en Europe. Et c’est tout aussi bien, parce que sans sa gérance, le projet euro se serait maintenant effondré. Un exemple en est les demandes stridentes des deux partenaires européens de l'Allemagne et d'autres dirigeants internationaux pour permettre à la BCE de faire marcher la planche à billets, autrement dit l’assouplissement quantitatif. Hier encore, Angela Merkel a contrecarré les dernières tentatives d’une France de plus en plus désespérée pour que l'Allemagne accepte une telle politique, en affirmant que « si elles sont appliquées dès maintenant », cela « n’apporterait (pas) une solution à cette crise ». Mme Merkel est convaincue à juste titre que, permettre à la BCE d'imprimer de l'argent maintenant serait presque certainement un échec à cause du manque de bonnes garanties financières. Au lieu de cela, elle ainsi que le ministère allemand des Finances ont récemment consacré leurs énergies collectives pour amener une union économique et fiscale plus étroite, comme un prélude à une intégration politique plus étroite. En est témoin la pression incroyable appliquée récemment à la Grèce et à l'Italie, qui a finalement abouti à de nouvelles administrations techniques dirigées par des économistes, et avant eux, aux gouvernements du Portugal, de l’Irlande et de l’Espagne. Berlin dicte désormais la politique budgétaire des mécréants fiscaux en Europe. Et elle doit le faire parce que, sans une politique budgétaire commune correcte, le projet euro n'a absolument aucune chance de survivre. Que les dirigeants européens le veuillent ou non, l’Allemagne prend désormais en charge la politique budgétaire dans les économies fortement endettées. Par exemple, le gouvernement irlandais a présenté un projet de budget au comité du budget du Parlement allemand, qui comprend des propositions d'augmentation d’impôts et des levées significatives de ventes d'actifs, avant que ce ne soit montré au Parlement irlandais. En outre, l'UE a maintenant des inspecteurs à Athènes et à Rome pour observer les progrès effectués à l'égard de l’exécution de l'assainissement budgétaire. Heureusement, la majorité des responsables de la BCE soutiennent la position forte de l'Allemagne, dont le nouveau président Mario Draghi, qui a à nouveau fait remarquer hier que ce n'était pas la tâche de la BCE que de renflouer les emprunts de gouvernements errants. Ce n'est que lorsque l'Europe aura en place un cadre fiscal solide ainsi que des mesures pour combler le déficit énorme, évident dans le Sud, en matière de compétitivité, qu’elle pourra se permettre de desserrer les menottes monétaires de la BCE.

La mutation de Weale vers une politique de faibles taux d’intérêts.

Après avoir voté pour une hausse des taux tout au long du premier semestre de cette année, le membre du MPC Martin Weale a connu une certaine transformation. Au cours d’une longue interview dans le Financial Times vendredi, Weale avoue qu'il est « parfaitement possible » que l'économie soit déjà en train de se contracter, et que de très bons arguments pourraient être trouvés pour davantage d’assouplissement quantitatif dans les trois mois si l'économie reste faible. Intelligemment, il met en garde contre ceux qui affirment que la politique budgétaire devrait être assouplie, en affirmant que c’est une politique qui a amené un risque réel dans le sens où elle a simplement augmenté la pile de dettes déjà importante.
Weale a absolument raison et quiconque prétend le contraire dit des bêtises - Les marchés ont blâmé les gouvernements qui ne mordent pas correctement dans la pilule de l'austérité budgétaire. La Grande Bretagne a eu le bénéfice du doute, seulement en raison de l'engagement inébranlable du chancelier envers la coupe de la montagne de dette publique. Toute allusion au fait que cela puisse changer serait un désastre. Heureusement, la Banque et le gouvernement sont sur la même longueur d’ondes. Le resserrement soutenu sur le plan budgétaire et le désendettement intense par le secteur privé ne peuvent fonctionner que si la Banque imprime de l'argent et mène une politique monétaire ultra-accommodante. Les décideurs européens devraient prendre note. Cela s’appelle la ‘concertation’ dans la définition des politiques à mettre en œuvre.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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