Tout repose sur la croissance
Il ne fait aucun doute que les politiciens de la zone euro ont une tâche monumentale qui les attend sur plusieurs fronts, mais elle sera rendue d'autant plus difficile par les perspectives de croissance. En fin de compte, c'est sur cela que repose la viabilité du budget. En l'absence de croissance, il est assez difficile de rembourser la dette et si vous insistez trop pour cela, vous tuez encore davantage l'économie. Les données d'hier concernant le PIB au Portugal ont montré une baisse pour la 4ème fois consécutive et bien que les chiffres français et allemand de ce matin étaient en ligne avec les attentes, ils sont tous deux susceptibles de ralentir de manière significative au cours du trimestre. En effet, le PIB de la zone euro en T3 devrait afficher une hausse de seulement 0,2% en glissement trimestriel lors de sa publication plus tard dans la matinée, un résultat négatif pour le 4ème trimestre semble plus probable qu'improbable.
Commentaire
La tâche qui attend Monti.
Il régnait un calme étrange hier sur les marchés, les deux lundis précédents ayant été marqués par des crises. Il y a deux semaines, il y a eu la proposition grecque de tenir un référendum sur le dernier plan de sauvetage et nous savons tous comment cela s’est terminé. La semaine dernière, c'était cette fois la chute imminente du gouvernement italien et la hausse monumentale conséquente des rendements obligataires. On a beaucoup parlé des ventes d'obligations italiennes, mais elles ont été pour des montants inférieurs à la moyenne et à échéance à cinq ans, elles ne devraient donc pas être considérées comme un énorme test de confiance de la part des investisseurs internationaux. Comme nous l'écrivions la semaine dernière, l'Italie verra ses rendements se déplacer autour de 5% pour permettre aux investisseurs de respirer un peu plus. Mais ce ne sera pas suffisant pour garantir la confiance à long terme au sein du 3ème plus grand marché obligataire du monde. Le plus grand défi de Monti est désormais d’éviter le basculement de l'économie dans la récession par le biais d'une énorme austérité budgétaire. La faible croissance en Italie a été un des facteurs majeurs (mais pas le seul) qui l’a retenu pendant la dernière ou les deux dernières décennies. Mais pour avoir vraiment une chance d'éviter la restructuration de la dette, la BCE va devoir intervenir davantage et se salir les mains. Cela se traduira par plus de réductions de taux d'intérêt et par davantage d'achats obligataires. Bien sûr, la BCE reste limitée par son mandat qui l'empêche d’imprimer de l'argent dans le vrai sens du terme, mais à un moment donné, il faudra retrousser ses manches avec les autres pour tenter de maintenir l'euro ensemble. Après tout, tout comme pour le maintien de la stabilité des prix, elle est chargée d'appuyer les objectifs de l'UE pour un « taux d'emploi élevé et pas de croissance inflationniste », deux objectifs qui sont menacés par la crise souveraine actuelle.
Obama fait monter la température du débat sur la devise chinoise.
Pendant la majeure partie de sa présidence, Barack Obama a généralement joué un rôle assez simple sur la question de la devise chinoise, peut-être sur le raisonnement qu'il y avait des risques énormes à contrarier le plus grand créancier de l'Amérique. Cependant, avec Washington de plus en plus absorbé par ce problème une fois de plus et avec le cycle électoral présidentiel qui commence désormais, Obama a clairement décidé que c'en est assez concernant la question du renminbi. Depuis le milieu de l'année dernière, lorsque la Chine a décidé d'autoriser la devise afin de mieux refléter les forces du marché, le yuan s'est renforcé de 8% en termes nominaux. En retour, la Chine a refoulé cela en implorant l'Amérique de réaliser que ses problèmes de chômage élevé et d'importants déficits sont de sa propre fabrication. Le président chinois Hu Jintao a fait remarquer que « la politique de change chinoise est responsable » et que le mécanisme de taux de change continuera d'être réformé. C'est un débat qui restera en avant au cours des prochains mois, notamment avec le président Obama qui lutte dans les sondages.
Les augmentations confortables des PIB allemand et français.
Les chiffres du PIB allemand pour le 3ème trimestre sont en ligne avec les attentes, en augmentation de 0,5% en glissement trimestriel, bien qu'il y ait eu de modestes bonnes nouvelles avec la révision à la hausse pour le précédent trimestre de 0,1% à 0,3%. En France, la hausse de 0,4% du PIB masque ce qui a été un ralentissement dans les chiffres constatés en Septembre, lequel est susceptible de se poursuivre pour le reste de l'année. Naturellement, il est assez important qu’à la fois l’Allemagne et la France continuent de connaître à l'avenir une croissance positive si la zone euro veut avoir une chance d'échapper à la crise actuelle. Pour la France en particulier, cela sera extrêmement serré.
L'inflation au Royaume-Uni.
La baisse devrait commencer dès aujourd'hui, tout va bien. De 5,2%, l'inflation devrait baisser fortement l'an prochain, avec le coup d'envoi donné en Janvier lorsque l'effet de base de la hausse de la TVA de l'année dernière n’entrera plus dans le calcul. En ce qui concerne le chiffre d'aujourd'hui pour le mois d’octobre, on attend une légère baisse à 5,1%. Il y a encore quelques hausses de prix des factures des ménages qui se font sentir, mais cela devrait être compensé par une certaine baisse des prix alimentaires et des autres produits de base. Naturellement, la Banque d'Angleterre est plus que désireuse de voir l'inflation se replier, relâchant ainsi la pression sur la croissance négative du revenu réel.
Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist
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