L’énorme tâche de Monti
Il est remarquable de constater comment une dose de torture financière peut stimuler l'esprit. Il y a eu davantage de soulagement à Rome vendredi dernier et ce week-end à nouveau, Mario Monti ayant été assermenté à la tête d'un nouveau gouvernement technique. Son défi ne sera pas celui d'une appréciation des enjeux et des politiques dont l'Italie a désormais besoin, mais en revanche de galvaniser l'électorat italien et les politiciens pour qu’ils acceptent les ajustements massifs afin de renverser la destinée du naufrage économique et financier du pays. La confirmation de Monti par le parlement pourrait venir dès cette semaine, des membres du Parti de la Liberté de Silvio Berlusconi devraient en effet appuyer sa nomination. Le Sénat a agi rapidement pour adopter une loi budgétaire qui permettra d'accélérer l'austérité ainsi que la réforme et les inspecteurs de l'UE et de la BCE ont été à Rome la semaine dernière pour vérifier les progrès réalisés. Le rendement italien à 10 ans est en baisse d’encore 10pb ce matin à 6,33% - dans le milieu de la semaine dernière, l'Italie étant au bord du précipice fiscal, le rendement à 10 ans avait atteint près de 7,5%. Bien que l'optimisme soit quelque peu compréhensible, la tâche de Monti est immense. Le monde attend avec impatience.
Commentaire
L'or et la rupture de l'UEM.
Même si l'éclatement de la zone euro sous sa forme actuelle n’est réellement entré dans débat général que la semaine dernière, l'or est seulement légèrement plus haut, ce qui peut paraître curieux pour certains. A un certain niveau, cela devrait être imputé à la hausse de 3,5% du dollar observée depuis le creux de la fin octobre, qui aurait normalement du entraîner le prix de l'or à la baisse à cause des effets de valorisation. Dans une plus large perspective cependant, les conséquences d'un éclatement partiel de la zone euro pour l'or sont loin d'être claires. Pour les ‘outs’, une sortie de l’euro entrainerait certainement des effets inflationnistes. Il y aurait des dévaluations de taux de change conséquentes, ce qui serait non seulement inflationniste mais qui permettrait aussi aux économies de récupérer plus rapidement que ce ne serait le cas autrement. Il y a bien sûr le risque que l'inflation devienne si endémique qu'elle contrecarre la relance de la compétitivité engendrée par les dévaluations de taux de change, mais c'est un autre problème. La croupe restante de la zone euro est confrontée aux conséquences. Laissant de côté la question de savoir quels pays cela pourrait concerner, l'un des dangers majeurs est de voir l'euro s’apprécier sur le dos de la sortie potentielle des petits pays. Étant donné que les ‘outs’ sont dans l’ensemble susceptibles d'être moins importants en termes de PIB que les ‘ins’, l'impact déflationniste pourrait bien dominer. Mais encore une fois, d’un point de vue plus large, c'est ce qui arrive aux taux d'intérêt réels qui dominera probablement la réaction de l’or. Notre mesure du taux réel global est presque à zéro, reflétant la reprise des obligations (entrainant les rendements vers le bas) et une inflation relativement faible qui pourrait passer en territoire négatif pour que l'or continue de s’apprécier et pour maintenir les corrélations passées (des taux d’intérêt réels plus bas entrainent la hausse de l'or). Dans l'ensemble, il n'est pas garanti que l'or bénéficie d'une fracture de la monnaie unique et d'une perte de confiance en les monnaies papier.
Le nouveau leader de la Grèce.
Il semble que les membres très endettés du sud de l'Europe estiment que seuls les économistes peuvent diriger leurs économies en difficulté vers un terrain plus sûr. L'Italie a oint Mario Monti, et la Grèce a maintenant choisi de donner les rênes à Lucas Papademos, l’ancien vice-président de la BCE. Le défi immédiat pour le nouveau gouvernement d'union est d'obtenir l'acceptation des mesures d'austérité convenues avec les créanciers de la Grèce par l'administration précédente. Très simplement, sans cet accord ni l'UE ni le FMI ne se sentiront en mesure de libérer la prochaine tranche de renflouement d'une valeur de 8 milliards d'EUR, nécessaire avant la mi-décembre, sinon la Grèce sera à court d'argent. Papademos est un homme très courageux car la tâche qui lui fait face est énorme. En août, le taux de chômage a bondi de deux points à 18,4% et le chômage des jeunes se rapproche rapidement de 50%. L'UE espère désormais que la montagne de dette de la Grèce grimpe à 198% du PIB l'an prochain, bien que ces estimations ne tiennent pas compte des allocations pour les coupes de la dette que les détenteurs obligataires privés sont susceptibles d'accepter « volontairement ». L'économie est en chute libre - elle ne peut certainement pas rester trop longtemps dans l'euro.
Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist
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