Un autre au tapis



C'est un réquisitoire accablant que de voir en quelle basse estime les politiciens sont tenus quand pour la deuxième fois en une semaine, nous avons vu une reprise des marchés suite à la démission d'un Premier ministre (le premier en Grèce, en maintenant en Italie). Et pas seulement sur les marchés intérieurs; même les actions américains ont augmenté de 0,5% suite à cette nouvelle. A partir de là, la question est de savoir si un changement de capitaine peut entrainer le navire loin des rochers, ou si le navire reste condamné. Pour sûr, le gouvernement de Berlusconi a souvent gouverné vers la mauvaise voie, avec le capitaine dans la cabine plutôt que sur le pont, mais les chiffres restent les mêmes. Les rendements obligataires italiens à 10 ans prennent 7%, la croissance a été anémique pendant des années (en moyenne 0,7% depuis le début de l'UEM) et la dette reste à 120% du PIB. Par ailleurs, le canot de sauvetage (le FESF) est insuffisant pour effectuer un sauvetage réussi. Nous restons dans une période de mise à l’épreuve importante, mais l'euro lui-même reste également relativement bien résistant. L'impact sur les obligations italiennes est éclipsé par l'augmentation des marges de l'une des principales institutions de compensation, ce qui rend la détention de dette italienne encore plus coûteuse.

Commentaire

La modération de l’inflation se poursuit en Chine.

L’IPC a encore diminué depuis les données de 6,1% en septembre à 5,5% en octobre. Il a été globalement conforme aux prévisions, mais il reste néanmoins bienvenu car d'autres données ont révélé une nouvelle modération du rythme de la production industrielle (de 13,8% à 13,2% en octobre). Il semble peu probable que la Chine réduise les taux d'intérêt avant la fin de l'année, notamment parce que l'IPC sera toujours supérieur à l'objectif de 4% pour cette année. Néanmoins, il reste possible qu’elle prenne des mesures plus ciblées pour faire face au ralentissement de l'économie.

Le cours du sterling est doux.

Jusqu'ici, la livre sterling a été l'un des principaux bénéficiaires de la tourmente de la zone euro depuis le commencement de la débâcle du référendum grec en début de semaine dernière. Seul le yen a un peu mieux performé depuis et, au sein de l'Europe, le sterling a également bénéficié de la pression et de la nervosité entourant le franc suisse qui s'est avéré être l'une des devises aux plus faibles performances. Les devises scandinaves ont également lutté car la liquidité devient plus qu'un problème vers cette fin d'année. Une des raisons de la performance relativement décente de la livre sterling a été la situation budgétaire du Royaume-Uni comparée à la plupart de la zone euro. Le Royaume-Uni a pris le chemin de l'austérité budgétaire il y a 18 mois, donc dans un certain sens, il est plus avancé que de nombreuses autres devises de la zone euro, au moins en termes de changement de dynamique financière plutôt qu’en termes de niveau absolu de déficit. La question est maintenant de savoir combien de temps cela peut durer, car après les résultats relativement punchy du PIB de 0,5% en T3, l'économie semble prête à ralentir au quatrième trimestre (surtout si nous nous référons aux dernières données PMI). Même s’ils sont dans la lignée des attentes, les chiffres montrent que la production moyenne semble être restée à plat, à la fois sur 3 mois et sur 12 mois. Tant que l'attention demeure sur le plan budgétaire, la livre sterling devrait (pour l'instant du moins) être à l'abri du ralentissement de l'économie.

Les baissiers sur l’euro sont encore nombreux.

Depuis quelque temps, la tendance en matière de trading de devise a été courte sur la monnaie unique. Sans surprise, le consensus général entre les traders et les investisseurs demeure : la monnaie unique est encore profondément vulnérable. Les traders sont toujours très nettement sous-pondérés en euro, selon les dernières données de la CFTC. Les investisseurs étrangers se sont débarrassés de leurs obligations et actions européennes au cours des derniers mois. Les gestionnaires de portefeuille ont sensiblement réduit leur exposition effective à la monnaie unique cette année. Les fonds du marché monétaire américain ont coupé leur exposition aux banques européennes cette année, à tel point que bon nombre de ces banques ont vraiment du mal à accéder aux liquidités en dollars. Même les fonds souverains n'ont pas été séduits par la monnaie unique au cours des derniers mois, ce qui fut confirmé récemment par le FMI. Et pourtant, malgré toutes ces forces négatives, malgré toute cette pression apparente à la vente, malgré la menace réaliste que l'Italie puisse bientôt être aux mains de ses créanciers, l'EUR se négocie toujours à 1,38. A titre de comparaison, l'euro est à peine inférieur à sa moyenne sur 12 mois de 1,3930. De toute évidence, en dépit des réserves compréhensibles sur la crise bancaire et de la dette souveraine européenne profondément troublante, les investisseurs et les traders portent encore de sérieux doutes sur le dollar également. Ceux qui sont engagés à la baisse sur l’euro devraient être inquiets.

L’aussie n’est plus en odeur de sainteté.

Après le redressement spectaculaire du mois dernier où nous avons vu la devise grimper de presque 15% depuis son point le plus bas, l'aussie a progressivement perdu de son entrain et est maintenant juste au-dessus de 1,03. À bien des égards, le fléchissement observé au cours des dernières semaines n’est pas surprenant dans un contexte de nervosité accrue au sujet de la situation en Europe et avec l’abaissement du taux directeur officiel de la RBA la semaine dernière. Curieusement, aucune aversion au risque évidente ce mois-ci n’a été très sélective, seules les actions européennes et japonaises sont en baisse pour le mois à ce jour, tandis que les prix des matières premières telles que l'or et le pétrole sont pour la plupart plus élevés. En conséquence, il est intéressant de noter que l'aussi a sous-performé. Les dernières nouvelles sur la diminution de l'excédent commercial en septembre ont mis à mal la devise, les traders étant troublés par des signes de ralentissement des exportations. Avec l'économie dans une trajectoire à la baisse beaucoup plus faible cette année, il y a une probabilité croissante que la banque centrale soit tentée de baisser les taux davantage dans les prochains mois. Pour les haussiers sur l’aussie, un régime de baisse de taux sera probablement inutile.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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