La Grèce met le cap vers le défaut
Mardi fut le jour où cette crise est devenue trop grande pour que l'UE puisse la gérer. En appelant à un référendum sur le plan de sauvetage de la Grèce de la semaine dernière (le cabinet l’a approuvé hier soir), la Grèce se met sur la voie du défaut forcé, ce qui pourrait même arriver avant le référendum (voir les chiffres ci-dessous). Il convient de noter que le dernier référendum en Grèce a eu lieu en 1974 (à propos de l'abolition de la monarchie) et il n'y a pas eu de référendums sur l’adhésion à l'UE ou à l'euro. L'action des prix hier sur les obligations a été extrêmement instructive. Les Gilts du Royaume-Uni ont augmenté de plus de 20pb, les obligations allemandes de 25pb. Les rendements français étaient en baisse, tout comme les hollandais, mais les belges, les italiens et les espagnols ont tous été en hausse. La prime de l'Italie sur l'Allemagne a atteint un nouveau record à plus de 440pb. Désormais, l'attention tombe sur le vote de confiance au parlement grec à la fin de la semaine et sur le rassemblement des dirigeants du G20 en France, mais les événements se déroulent trop vite pour que le G20 soit en mesure de sauver la journée.
Commentaire
Les chiffres grecs.
En appelant à un référendum (qui pourrait pourtant ne pas arriver) et en le prévoyant pour janvier (bien que le ministre de l'Intérieur annonce aujourd'hui qu'il pourrait être en Décembre), M. Papandréou doit avoir prévu au moins une des trois hypothèses suivantes. Tout d'abord, que le gouvernement aura assez d'argent pour voir venir d’ici à au moins la fin du mois de Janvier, basé sur une meilleure information que des calculs rapides sur un bout de papier. Deuxièmement, que la troïka (UE / FMI / BCE) poursuivra son programme de prêts dans tous les cas et commencera le suivi / la négociation de sa prochaine (7ème) tranche de paiement du prêt. Troisièmement, que la restructuration volontaire de la dette convenue la semaine dernière (coupe de 50% sur la dette privée) sera acceptée en décembre et inclura les questions de la fin décembre (les prix sur le marché suggèrent que ce dernier ne croit pas que ce sera le cas), sur l'hypothèse que le référendum n’inclura pas cet élément. Mais penser que l'UE et le FMI puissent envisager des prêts supplémentaires pour la Grèce avec un référendum en attente serait plus que mal avisé. Le rejet de l'accord conclu la semaine dernière pour l’obtention d’un nouveau plan de sauvetage placerait effectivement la Grèce sur la voie du défaut. En un mot, soit Papandreou possède une astuce fiscale dans sa manche afin d'améliorer les données budgétaires dans les deux prochains mois, ou bien il prend un risque calculé sur l'une des trois hypothèses ci-dessus. S’il n'a rien dans son sac, et si ses paris ne payent pas, la Grèce fera très probablement défaut dans la première moitié de l'année prochaine et d'une façon assez disgracieuse.
Les malheurs de l’euro aident la livre.
Les fondamentaux sont terribles; l'économie est en récession, le pays est aux prises avec des dettes énormes; l’austérité budgétaire et la baisse des revenus réels pèsent lourdement sur la confiance et pourtant, la devise se maintient. Les doutes renouvelés sur la dernière réponse de l'Europe à sa crise bancaire et de la dette souveraine ont fourni à la livre un élan considérable cette semaine – l’EUR/GBP se négocie actuellement en dessous de 0,86, un plus faible pour le mois, en baisse depuis les 0,88 de vendredi. Les investisseurs et les traders semblent considérer la livre comme un pari plus sûr que de la monnaie unique ces jours-ci. Ils respectent aussi le fait que le gouvernement ait été préparé pour conserver l'austérité budgétaire en dépit de la souffrance manifeste qu'elle représente pour les consommateurs et les entreprises. Ce respect s'étend au marché des Gilts - le rendement des Gilts à 10 ans est en baisse d’encore 12pb ce matin à 2,32%. Les Gilts ont été un investissement incroyable cette année - en février, le rendement à 10 ans était de 3,7%. Si l’Europe continue à s’enliser, alors il ne serait pas surprenant que la livre sterling bénéficie encore de cette situation, malgré les immenses défis économiques et financiers intérieurs.
Le MdF dépense beaucoup pour stopper les gains du yen.
Ne laissez pas dire que le ministre des finances ne se soucie pas des plaintes de son énorme secteur des exportations concernant la force de la devise. Après avoir dépensé près de 58 milliards d’USD en août, la taille de l'intervention de la BOJ hier semble avoir été d’au moins 50 milliards d’USD et pourrait avoir été le double (selon le journal Asahi). La réponse de la devise à cette intervention a été franchement mauvaise, en partie parce qu'elle a été mal gérée. Peu de temps après que la banque centrale ait terminé sa deuxième vague d’achats de dollars de grande envergure lundi, le dirigeant de la BoJ Shirakawa a suggéré que le taux de change effectif nominal n’était en fait pas si fort, discréditant effectivement le principe de l'intervention et de plus, insinuant que le ministère des finances et la BoJ n'avaient pas le même avis sur la nécessité d'une telle action forte. Pour sa part, le ministère des finances peut rester déterminé, il a encore en effet à sa disposition des ressources financières importantes. Toutefois, dans un monde où la plupart des devises majeures ont de sérieux doutes qui pèsent sur elles en tant que réserve de valeur sûre et sur la sûreté/sécurité de leurs systèmes bancaires, il n'est guère surprenant que le yen ait autant d'amis.
Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist
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