Le coup de semonce du Japon pourrait avoir du mal à perdurer



L'intervention du Japon cette nuit pour affaiblir le yen n'est pas totalement surprenante étant donné les mouvements récents que nous avons observés sur cette devise. Mais nous ne sommes nullement dans une situation de force du yen. Avant la vente de devises de la part de la BOJ ce matin, le yen a connu la plus faible performance parmi les majeures ce mois-ci. Le problème est davantage la faiblesse du dollar, à laquelle l'économie japonaise n'est actuellement pas en état de faire face. Il s'agit de la troisième intervention de l'année pour affaiblir le yen, mais l'impact a dans l'ensemble été limité. Le ministre des finances japonais Azumi tient un discours musclé, accusant les spéculateurs et ajoutant qu'il continuerait à intervenir « jusqu'à ce que je sois satisfait ». L'impact initial, survenant le dernier jour de trading du mois, a été fort, poussant le yen à la baisse de 4% par rapport au dollar. Toutefois, le Japon a besoin d’armes beaucoup plus grandes et de mesures politiques afin d’affaiblir sa devise sur une base soutenue et, malheureusement, son arsenal semble très appauvri.

Commentaire

Un temps pour faire le point.

Vendredi a été une journée de réflexion sur les événements de la veille et, comme c'est souvent le cas, les perceptions ont été quelque peu modifiées. La Chine et le FMI ne semblent pas très chauds à la perspective de contribuer au FESF, tandis que les banques européennes étaient dans une ruée indécente pour apaiser les craintes sur la façon dont le nouveau ratio de capital de 9% pourrait être atteint, la plupart affirmant qu’elles n’ont pas réellement besoin d’amasser beaucoup de nouveaux capitaux. Les détails concernant la coupe de la dette grecque restent rares, tout simplement parce que les négociations détaillées se poursuivront au cours des prochaines semaines. Fitch a déclaré que le plan d'échange de la dette constituerait un défaut, que les dirigeants européens ont désespérément et difficilement tenté d’éviter. Les investisseurs n’ont pas été convaincus par la promesse de réforme de Berlusconi (qui peut les blâmer ?), les ventes obligataires italiennes de vendredi ayant été impopulaires. En France, Nicolas semblait presque allemand lorsqu’il a lancé le défi aux concitoyens de dépenser moins et de travailler plus dur. Il a manifestement passé trop de temps avec Angela récemment.

Séduire la Chine et le FMI ne sera pas facile, ni bon marché.

Ayant apparemment épuisé ses propres ressources financières, les ouvertures désespérées de l'Europe à l'égard de la Chine ou du FMI ne seront pas sans frais. Ils ont tous deux exprimé un intérêt très nuancé jusqu'à présent, soucieux d'éviter une situation où ils perdraient le contrôle sur la façon dont les fonds sont dépensés et à quelles conditions. Pour sa part, la Chine a demandé des précisions sur le plan de levier du FESF. Avant de se lancer, la Chine voudra probablement voir d'autres pays souverains la rejoindre, ainsi que des gages de sécurité. Cela dit, la Chine a été ces dernières années un fervent partisan de l'Europe à la fois verbalement et financièrement, dans sa volonté apparente de réduire sa dépendance à l'égard du dollar. La Chine a une forte main à jouer - elle possède certainement la puissance financière et son économie conserve son élan considérable. En tant que telle, la Chine est dans une position formidable pour obtenir des concessions qui peuvent ne pas se rapporter directement au sauvetage pour sortir l’Europe de la crise de la dette. Le FMI a réagi froidement à la même ‘sollicitation’ de l'Europe, avec l’appui des États-Unis, du Japon, du Canada et de l'Australie qui repoussent la récente demande d'augmentation substantielle de leurs contributions au fonds. Le FMI comme la Chine pourraient bien venir à la fête, mais ce sera à leurs conditions et ce ne sera pas bon marché, que ce soit d’un point de vue financier ou politique.

Merkel, la marionnette-maître de l'Europe.

Lors de la dernière tentative de l'UE pour désamorcer une crise qui menaçait son existence, il était manifestement clair que c'est l'Allemagne qui mène la barque. Il pourrait être soutenu que ce n’est pas une surprise, puisque ce sont les Allemands ces temps-ci qui ont, de loin, le bilan le plus sain de l'Europe. Angela Merkel en particulier a spécialement du mérite. Elle a livré des messages difficiles à de nombreux dirigeants européens (Grèce, Italie, France, Portugal, Espagne), qui ont inévitablement déclenché une énorme hostilité et des protestations vigoureuses. Mme Merkel a également été en mesure de naviguer à travers les exigences d'un parlement allemand sceptique. Selon un récent sondage, les trois quarts des Allemands n'approuvent pas la gestion de la crise de son gouvernement. Elle a effectué une tâche ingrate, nécessitant d'énormes réserves de maîtrise de soi, de la détermination, de la persévérance et de la diplomatie. Elle a bravé l'importante insistance de Nicolas Sarkozy la semaine dernière sur le fait que le FESF doive être autorisé à emprunter en quantité illimitée auprès de la BCE, et elle a refusé d'autoriser le FESF à recapitaliser les banques en difficulté, à moins qu'ils ne se soient engagés sur des conditions strictes. Mme Merkel a obtenu d'importantes concessions du Premier ministre italien Berlusconi, et elle a fait pression sur les banques afin qu’elles acceptent une plus grande coupe sur leurs avoirs de dette grecque. A la suite du sommet, Mme Merkel gagne les applaudissements des politiciens des deux côtés. Le projet euro serait encore plus fragile sans elle.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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