On y arrive, mais lentement...
Après une nuit blanche à Bruxelles, les dirigeants européens ont finalement annoncé une série de mesures dont ils espèrent qu’elles apaiseront les inquiétudes des investisseurs et des traders sur la crise bancaire et de la dette souveraine. Le package comprend trois éléments principaux - la puissance du FESF a prétendument été porté à 1400 milliards d’EUR, les détenteurs de la dette grecque ont apparemment accepté une coupe de 50%, et les banques européennes doivent être recapitalisées. Il a également été annoncé que le FMI jouerait un rôle plus important (même si son rôle n’est pas encore clair), et que la participation de la BCE en matière d’achats d’obligations souveraines européennes en difficulté sur le marché secondaire se poursuivrait. Ces mesures viennent littéralement tout juste d'être annoncées au cours des deux dernières heures et, par conséquent, des analyses plus complètes suivront dans la journée. Autant dire qu’à ce stade, les responsables politiques européens semblent désormais en avoir assez fait afin d'encourager la conviction qu'ils font enfin face à la véritable ampleur de leurs difficultés. En réponse à cela, l'EUR est au-dessus de 1,40, le dollar est plus faible, les prix des métaux sont plus élevés et les actions asiatiques sont en hausse de plus de 2%.
Commentaire
Les derniers jours de Berlusconi au pouvoir ?
La rubrique nécrologique du Premier ministre italien Silvio Berlusconi a déjà été écrite plusieurs fois auparavant, uniquement pour permettre au leader inoxydable de se surpasser. Cependant cette fois-ci, ses jours paraissent vraiment comptés. Sa fragile coalition a été placée sous la pression la plus intense de la part des dirigeants européens pour entreprendre des réformes structurelles de fond, afin de remodeler l'économie sclérosée de l'Italie. Pendant la nuit, il s'est engagé à augmenter les ventes d'actifs de 5 milliards d'euros par an, à relever l'âge de la retraite et à entreprendre la réforme du marché du travail. L'Allemagne en particulier, rejointe par la France, a exigé que Berlusconi mène à bien ces réformes avant d'accepter de relever la puissance du FESF. La réforme des retraites était un problème majeur pour la fragile coalition. Il y a eu une remarque judicieuse de la part du dirigeant de la Ligue du Nord Umberto Bossi plus tôt cette semaine, qui a mis en évidence pourquoi ceci touche particulièrement à vif la politique italienne - Bossi a affirmé que « si nous touchons aux retraites les gens vont nous tuer ». Si la coalition de Berlusconi se divise sur cette question, alors il existe une probabilité d'élections anticipées, et avec la réputation de M. Berlusconi entachée suite aux récents scandales, il pourrait ne pas y survivre. A un moment aussi incroyablement sensible pour l'Italie, la nouvelle incertitude politique ne ferait que renforcer les difficultés financières du pays.
Les décideurs politiques chinois changent de direction.
Dans un contexte de ralentissement de la croissance en Europe et dans le reste du monde, et avec une économie locale répondant clairement au resserrement significatif de la politique monétaire, les décideurs politiques chinois commencent à adopter un ton légèrement plus accommodant. Hier, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a suggéré que la politique économique serait « affinée », tandis que le ministère de l'industrie étudie de nouvelles initiatives pour aider les petites entreprises. Le ministre de l'industrie a également observé que le rythme de croissance de la production était susceptible de ralentir ce trimestre, ainsi que l'année prochaine. Avec une inflation toujours au-dessus de 6%, il est trop tôt pour s'attendre à un allègement des taux d'intérêt, bien qu’une certaine réduction des réserves obligatoires des banques soit probablement à l’étude, lesquelles ont été élevées sensiblement au cours de l’année dernière. De bonnes nouvelles alors pour les preneurs de risques - les grandes économies avancées continuent de mettre en place une politique monétaire ultra-accommodante et il semble maintenant que la deuxième économie du monde examine au fond les mérites de conditions financières un peu plus légères.
L’industrie britannique de plus en plus pessimiste.
Après l’annonce positive de mardi sur le rééquilibrage de la Grande Bretagne, on nous a rappelé hier que l'état de l'économie reste assez désastreux. Selon la dernière enquête de la CBI, sa mesure du climat des affaires a fortement chuté sur les trois mois terminés en Octobre, de -16 précédemment à -30, le plus bas depuis avril 2009. Les industriels ont été touchés par une baisse significative des commandes, ce qui aura un impact sur les niveaux d'activité dans les mois à venir. De toute évidence, l'incertitude en Europe pèse lourdement sur la confiance générale. En effet, la CBI s'attend à ce que la production manufacturière baisse de 0,6% au cours du trimestre, après une hausse de 0,2% en T3. La Banque d'Angleterre sera également intéressée par la diminution des prévisions de ventes enregistrée dans l'étude. Mis à part la réduction de la pression sur les prix, il n'y avait rien d'autre de positif dans cette étude.
Une baisse des taux australiens désormais quasi-certaine.
Une réduction des taux d'au moins 25pb lors de la réunion de la RBA la semaine prochaine parait désormais presque certaine, à la suite des chiffres sur l'inflation modérée publiés hier pour le troisième trimestre. Bien que le résultat de l’IPC global pour T3 ait été conforme aux prévisions (0,6%), les faibles résultats en matière d'inflation de base ont été particulièrement encourageants. La mesure de l'inflation (moyenne ajustée) de la RBA est en hausse de seulement 0,3% au troisième trimestre, soit une hausse de 2,3% sur un an. Avec la preuve croissante ces derniers mois montrant que l'économie a ralenti assez nettement, la possibilité qu’il y ait au moins une baisse des taux avant la fin de l'année et peut-être même deux est désormais incontestable. À plus long terme en 2012, la première portion de la courbe de rendement présume que la RBA assouplira davantage la politique monétaire, d’encore 50pb avant le milieu de l'année. En réponse aux dernières données sur l'inflation, l'aussie a logiquement plongé en-dessous de 1,04, bien que pour être franc les dommages ont été relativement minimes après ce qui a été une course fabuleuse. Depuis le début de ce mois, l'aussie a explosé de dix grandes figures depuis les plus bas; sans surprise, c'est la devise majeure la plus performante d’Octobre. Dans le contexte d'un affaiblissement de l'économie, et avec une banque centrale peut-être sur le point de mettre en place un cycle d'assouplissement de la politique monétaire important, sa performance a été impressionnante. Une des explications de cette incroyable reprise est que les fonds énormes du marché monétaire américain ont été détournés de leur exposition à l'Europe vers des endroits « plus sûrs » tels que l'Australie. Selon une enquête de Fitch sur ces gestionnaires de portefeuilles américains, leur exposition à la dette australienne représentait un pourcentage stupéfiant de 9,4% des actifs sous gestion à la fin du mois dernier. Les banques australiennes sont considérées comme parmi les plus solides du monde en ce moment et le rendement sur l'offre de dette à court terme est bien supérieur à 5%. Alors que l'Europe brûle, l'Australie prospère...
Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist
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