L'Europe susceptible de décevoir une fois de plus



Compte tenu de la multitude et de la complexité des questions auxquelles l'Europe doit répondre, espérer que tout puisse être résolu aujourd'hui a toujours été une impossibilité. Bien sûr, les contraintes financières exceptionnelles rencontrées par la plupart des pays souverains de la zone euro ainsi que la structure bancale de la gouvernance européenne ont rendu la tâche beaucoup plus difficile, ce qui prolonge de manière significative la prise de décision. C’est pourquoi nous pouvons nous attendre à être déçus demain. Cela dit, il faut aussi reconnaître que des progrès constants et délibérés sont faits sur un certain nombre de sujets. En ce qui concerne le FESF, la proposition selon laquelle un fonds de garantie serait mis en place pour couvrir les pertes sur les nouvelles émissions d’obligations souveraines semble avoir été bien acceptée, mais comme nous l'avons suggéré précédemment, ce n'est rien de plus qu’une simple alchimie financière. Un point critique, même si les dirigeants européens annoncent que la capacité du FESF a été portée à, disons, 1000 milliards d’euros, aucun pays souverain européen n’est appelé à faire une contribution supplémentaire à court terme. Une autre proposition du FESF circulait à Bruxelles la semaine dernière pour avancer le calendrier des aménagements des secours temporaires (FESF) et permanents (ESM) au milieu de l’année prochaine. Le débat sur cette idée semble avoir été calme, ce qui n'est pas surprenant étant donné que la plupart des grandes nations souveraines d'Europe n’auront tout simplement pas le cash nécessaire pour apporter de lourdes sommes d’argent frais à l'ESM d'ici là.

En ce qui concerne les potentielles contributions non-européennes du FMI et des pays BRIC au FESF, les discussions se poursuivent, mais il est trop tôt pour s'attendre à une annonce définitive sur ce sujet aujourd'hui. Premièrement, un certain nombre de poids lourds du FMI, tels que les Etats-Unis, le Japon et le Royaume-Uni ont repoussé la proposition d’il y a deux semaines concernant une augmentation significative de leurs contributions à court terme. Deuxièmement, le FMI serait extrêmement réticent à fournir des prêts aux pays souverains pour lesquels ils n'avaient pas le statut de créancier privilégié. Et enfin, le FMI voudrait probablement avoir en grande partie son mot à dire sur la manière dont l'argent a été dépensé, sinon il imposerait certainement des conditions strictes sur la façon dont les fonds ont été décaissés. Beaucoup d'eau devra passer sous les ponts avant que cette question soit résolue. Sur les coupes de la dette grecque, les rapports suggèrent que les deux parties sont encore très éloignées. Les négociateurs européens tentent de convaincre le consortium de détenteurs d’obligations d'accepter une coupe de la valeur nominale de 60%, ce qui équivaut à une réduction en valeur actuelle nette (VAN) de plus de 75%. Cependant, les négociateurs de l'Institute of International Finance (chargé de représenter les détenteurs d'obligations) ont offert un une réduction « volontaire » de la VAN de 40%, en hausse depuis les 21% de l’accord de Juillet. Concernant la recapitalisation bancaire, il a été convenu que les banques européennes doivent réunir plus de 100 milliards d'euros de nouveaux capitaux, mais il y aura probablement peu de détails sur qui va fournir ce capital, parce que ce sera sûrement très coûteux et que le secteur privé sera réticent. Avec autant de questions toujours en suspend, l'Europe va essayer de discuter sur la réponse à apporter aujourd'hui devant l’assemblée de médias internationaux, mais malheureusement la substance manquera.

Commentaire

Le rééquilibrage au Royaume-Uni est en marche.

Dans un contexte de très forte inflation, de baisse du niveau de vie, d'austérité budgétaire sans précédent et d’une économie flirtant une fois de plus avec la récession, il n'est guère étonnant que le pronostic sur l'économie britannique fut si impitoyablement négatif cette année. Mais finalement, il y a des signes émergeants qui nous montrent que toute cette douleur et cette souffrance produisent des résultats. Au deuxième trimestre, le déficit du compte courant a diminué jusqu’au plus bas en huit ans de seulement 2 milliards de GBP, bien en deçà des attentes et constitue une baisse importante par rapport au trimestre précédent (rapporté à l'origine à 9,4 milliards de GBP, désormais ramenée à 4,1 milliards de GBP). Pour mettre cela dans le contexte, le déficit du compte courant moyen au cours de la dernière décennie a été de 7 milliards de GBP. Au cours des derniers trimestres, le resserrement du déficit extérieur reflète une réduction de la taille du déficit commercial ainsi qu’une augmentation significative des revenus des investissements à l'étranger. Par rapport au PIB, le déficit du compte courant est maintenant de seulement 0,5%, un plus faible en treize ans. Par ailleurs, l'épargne des ménages a bondi à 7,4% du revenu disponible au deuxième trimestre, en hausse par rapport aux 5,9% du premier trimestre. Le chancelier doit être réjouit. Les emprunts nets du secteur public (sur la base des comptes nationaux) ont diminué régulièrement au cours des derniers trimestres, depuis le pic de 42 milliards de GBP au 1er trimestre de l'année dernière à 33.5 milliards de GBP en T2. Cela a été presque exactement compensé par une réduction des emprunts à l'étranger, un point nécessaire, mais jusqu'ici largement négligé, du processus d'ajustement dans son ensemble. Les ménages ont moins épargné ces derniers trimestres, ce qui reflète l’énorme resserrement des revenus réels, bien qu'il y ait eu un allègement partiel au deuxième trimestre. Pour la livre sterling, les nouvelles sont clairement positives, le déficit du compte courant ayant diminué considérablement, les emprunts du secteur public ayant chuté de manière significative, et le secteur des ménages reconstituant son épargne.

Les actions passent inaperçues l’attention étant portée sur l’euro.

L’attention sur l'Europe est tellement compréhensible en ce moment que la forte amélioration des marchés boursiers mondiaux est passée presque inaperçue ce mois-ci. On pourrait tout aussi bien dire qu'Armageddon a surgit après les terribles mois d’Août et de Septembre pour les investissements. Depuis la fin du mois dernier, les bourses majeures en Europe et aux Etats-Unis sont en hausse de 8-10%. Pour l'année à ce jour, les actions américaines ont peu bougé, le FTSE est en baisse de 6%, le DAX a chuté de 13% et le CAC-40 a chuté de 17%. La reprise spectaculaire reflète un certain nombre de facteurs. Premièrement, les traders et les investisseurs sont devenus très baissiers, il y a donc eu un certain degré de couverture qui a propulsé le rallye. En outre, certains investisseurs avisés qui disposaientt de trésorerie ont reconnu que la prime de risque est devenu si élevée que les actions représentaient une valeur exceptionnelle. L'ambiance plus constructive a certainement été facilitée par les dirigeants européens qui ont affiché une plus grande urgence dans le traitement de la crise bancaire et de la dette souveraine. De plus, l'économie américaine semble avancer à nouveau tant bien que mal, FedEx affirmant la nuit dernière que les perspectives américaines paraissaient en meilleure santé – cet été, la récession semblait proche. La FED a mis en place un twist, avec une certaine spéculation qu'elle pourrait opter pour l'assouplissement quantitatif au cours des prochains mois, la BCE semble prête à réduire ses taux prochainement et la BoE a mis en œuvre des achats d'actifs supplémentaires significatifs. Les bénéfices des entreprises aux États-Unis pour le 3e trimestre ont été bons. Fait intéressant, les volumes tout au long de ce rallye ont été légers, ce qui implique que la participation a été faible. La performance guillerette des actions coïncide avec le bond important des devises à bêta élevé. Par exemple, l'aussie est en hausse de 8% ce mois-ci, le BRL de 7%, et la couronne norvégienne de 6,3%.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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