Le vortex financier de l'Europe



Le sommet des dirigeants de l'UE de ce week-end n’est officiellement aujourd'hui rien de plus qu’une séance de camaraderie, tous les espoirs concernant un accord pour le fonds de sauvetage FESF ont échoués. On parle maintenant d'un second sommet au milieu de la semaine prochaine, mais ce qui peut bien changer exactement entre maintenant et plus tard est loin d'être clair. Nous avons exprimé plus tôt dans la semaine le fait que l'expansion du FESF aurait probablement coûté à la France sa notation triple-A, ce qui en retour pourrait entrainer un déclassement du FESF. C'est le vortex financier dans lequel se trouve l'Europe et il n'y a aucune échappatoire simple.

Commentaire

La Chine n'est pas épargnée.

Il est clair que ces temps-ci les investisseurs portent de sérieuses inquiétudes à propos de la Chine. En milieu de semaine, l'indice composite de Shanghai a chuté d’encore 2%, il est à son plus bas niveau depuis Mars 2009. Pour l'année à ce jour, cet indice est en baisse de 17%, ce qui est en ligne avec la baisse moyenne des bourses des grands pays émergents sur la même période. Fait intéressant, le Hang Seng, que de nombreux investisseurs étrangers utilisent comme un indicateur pour la Chine, a chuté de 22% en 2011. Les actions des entreprises de matériaux ont plongé cette semaine suite aux craintes accrues concernant le net ralentissement du rythme de croissance national et international. L'Administration de l'Aviation civile chinoise a rapporté plus tôt cette semaine que le fret international est faible, et que pour 2011 les volumes de frets et de courriers seront inchangés par rapport à 2010, ce qui est bien en deçà sa précédente estimation de croissance de 12%. La masse monétaire et la croissance des prêts se sont affaiblies, la demande en matière d’automobiles également, et la croissance des exportations est beaucoup plus modérée. Les prix de l'immobilier dans plusieurs grandes villes sont en baisse. Ces jours-ci, même la Chine n'est pas à l'abri.

Le marché monétaire européen grince des dents.

Il y a une manière assez simple d’illustrer à quel point le marché monétaire de la zone euro se fracture de mois en mois. Davantage de banques effectuent des dépôts en espèces auprès de la BCE (pour un taux de 0,75%), par rapport au début des récentes périodes de maintenance qui s'étendent sur un mois et qui représentent la période pendant laquelle les banques doivent remplir leurs exigences de réserves minimales (moyenne sur la période). Dans le même temps, la BCE prête davantage d'argent aux banques qui ne peuvent pas obtenir de financement sur les marchés monétaires (à un taux de 2,25%) que lors des précédentes périodes de maintenance. Ceci est l'illustration la plus ardente de combien les marchés monétaires de la zone euro sont soumis à des tensions croissantes. Il est clair qu'il y a encore plus de méfiance à l’égard des bilans des banques en ce moment, couplée à la crainte que les banques vont devoir lever de plus en plus de capital au cours des prochains mois par des moyens qui doivent encore être déterminés par les dirigeants de la zone euro. Pendant ce temps, la fin d'année approche et, avant même la crise du crédit, cela a toujours été une période où les banques ont renforcé leurs bilans et où le financement du marché est devenu un peu plus restreint. Combinez cela avec ce que nous avons vu à propos du programme d’achat d’obligations de la BCE et de la pression sur cette dernière pour jouer un rôle plus engagé dans le FESF, alors le reste ci-dessus constitue seulement une autre mesure de l'étendue de l’implication de la BCE (principalement réticente) dans la crise souveraine.

Les matières premières et la crise bancaire européenne.

Comme c'est souvent le cas lors d'une crise, une multitude de forces imprévisibles qui finissent par rendre la situation beaucoup plus grave sont déchaînées. Malheureusement, la crise bancaire et de la dette souveraine en Europe engendre aujourd'hui de nombreuses conséquences inattendues, en particulier pour les matières premières. Sur le plan des effets évidents de premier ordre, le resserrement marqué des conditions financières et l'image de l’affaiblissement de la croissance en Europe restreignent la demande d’importations en provenance des pays émergents, en particulier d’Asie. Sans surprise, la demande de matières premières est également entraînée vers le bas. Les investisseurs, conscients des risques d'affaiblissement de la croissance en Europe et partout dans le monde émergent, ont également fortement réduit leur exposition aux actifs à bêta élevé au cours des derniers mois, tels que les matières premières. La manifestation croissante du fait que la crise bancaire européenne empiète sérieusement sur le financement commercial est très dommageable. Les banques françaises comme BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole sont les principaux financiers des grandes entreprises de négoce de matières premières, dont beaucoup opèrent hors de Suisse. Ces dernières semaines, comme ces prêteurs se livrent à une compression significative des actifs, ils réduisent la disponibilité du crédit, et en élève son coût. Certaines de ces banques françaises ont confirmé que l’allègement du financement du négoce de matières premières fait assurément partie de leurs efforts pour désendetter leurs bilans. Il y a trois ans nous avons connu un gel des prêts commerciaux, ce qui a ralenti les flux commerciaux mondiaux presque jusqu’à l’arrêt. Heureusement, les principaux acteurs du financement commercial ont des sources de financement plus diversifiées ces jours-ci, mais quelques-uns des acteurs de moyenne et de petite taille seront certainement vulnérables. Il s’agit encore d’un autre facteur qui exerce une pression à la baisse sur les prix des matières premières. Les prix du cuivre et de l'aluminium ont chuté de plus de 20% ces derniers mois, et le prix du minerai de fer a chuté de 13% au cours des huit dernières séances. L'or paraît suspect également – plus tôt cette semaine, il a menacé les 1700 USD, mais est depuis retombé à près de 1600 USD. Pour les devises à bêta élevé telles que l'aussie, la pression baissière sur les matières premières reste un risque sérieux.

Simon Smith, Chief Economist - Michael Derks, Chief Strategist


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