(Cercle Finance) - L'euro a inscrit un nouveau record face au dollar et s'échange actuellement à plus de 1,52 dollar contre euro. Lors d'un entretien accordé à Cercle Finance, Pierre-Antoine Dusoulier, président de Cambiste.com, revient sur les causes et conséquences de ce nouvel accès de faiblesse du dollar.
C.F: Le dollar a dépassé le seuil des 1,50 dollar face à l'euro, attendiez-vous que la devise américaine atteigne un tel niveau?P-A D: Ce nouvel accès de faiblesse du dollar n'est pas une surprise dans la mesure où l'euro n'a cessé de s'apprécier face au dollar depuis 2003 puis 2005.
Plusieurs éléments ont contribué à propulser le dollar à des sommets et notamment le bon chiffre de l'Ifo ou le discours du président de la FED qui a fait part de ses incertitudes concernant une reprise de la croissance aux Etats-Unis.
C.F: Plus globalement, comment expliquer une telle appréciation de l'euro par rapport au dollar ?
P-A D: Une conjonction de plusieurs facteurs tant macroéconomiques que techniques joue en faveur d'une appréciation de l'euro face au dollar. Le tableau économique est très sombre pour les Etats-Unis or la crise américaine ne semble pas se transmettre à la zone euro. De plus, le différentiel de taux d'intérêt profite désormais à la monnaie européenne. En outre, les pays émergents tendent de plus en plus à privilégier la détention de réserves de changes en euro et non plus en dollar, ce qui contribue indéniablement à une appréciation de la monnaie unique.Le facteur spéculatif participe également à ce mouvement de hausse de l'euro face au dollar. En effet, les opérateurs sont de plus en plus nombreux à considérer les devises comme une classe d'actifs à part entière et procèdent ainsi à des réallocations d'actifs du dollar vers l'euro comme avec des actifs traditionnels.
C.F: Quel est l'impact de ce dollar faible sur l'industrie européenne ?
P-A D: On a souvent tendance à exagérer l'impact d'un euro fort sur le tissu industriel européen. Une devise forte a également des intérêts et notamment pour les importateurs qui voient leur prix de revient diminuer or nous avons plus d'importateurs que d'exportateurs en Europe. L'échange intra zone euro est prédominant sur le vieux continent.
C.F: Le dépassement du seuil psychologique des 1,50 dollar contre euro favorisera t-il une action conjointe des banques centrales ?
P-A D: Les seuils psychologiques sont d'avantage pris en considération par les spéculateurs que par les banques centrales...
De plus, une action concertée des banques centrales ne fonctionne pas toujours. Il faut que les intervenants soient convaincus de l'efficacité de ces mesures pour qu'elles soient mises en oeuvre et en général elles agissent un peu comme des prophéties auto réalisatrices.
Depuis 2001, l'euro n'a cessé de s'apprécier face au dollar, excepté en 2003 suite à une intervention des banques centrales qui avait permis de ramener le taux de change de 1,3 dollar à 1,18 dollar face à l'euro. Toutefois, l'euro a repris sa marche en avant par la suite ...
C.F: Quels sont vos perspectives pour les mois à venir ? et à plus long terme ?
P-A D: A court terme, nous tablons sur une petite rectification de la monnaie unique. A long terme en revanche, l'euro devrait, selon nous, continuer à s'apprécier face au dollar. Nous ne percevons aucun signe de faiblesse de l'euro tant au niveau fondamental que technique. Ainsi, le seuil de 1,55 dollar pour un euro pourrait être atteint cet été et la barre des 1,60 peut être dépassée avant la fin de l'année.
Propos recueillis par Mathilde Golla.
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