Zone Euro : Ralentissement en vue ?
Les derniers chiffres d’activité montrent que la reprise s’est poursuivie en zone euro au troisième trimestre. La production industrielle a augmenté de 1 % au mois d’août, après avoir connu une quasi-stagnation en juillet. L’Allemagne, locomotive des Seize, a encore une fois fait mieux que les autres. En août, les commandes reçues par son industrie sont restées nourries.
Le climat des affaires s’assagit néanmoins dans le reste de la zone euro, où les résultats d’enquêtes suggèrent un ralentissement de l’activité industrielle en septembre. Celle-ci pourrait avoir progressé de 1% à 1,2% au troisième trimestre, soit deux fois moins vite qu’au trimestre précédent. La croissance du PIB, étroitement corrélée à celle de la production industrielle, a donc probablement ralenti au T3, une tendance qui devrait, selon nous, se confirmer dans les trimestres à venir.
La croissance économique mondiale, dont le dynamisme a conforté la reprise au premier semestre, devrait, tout en restant d’un bon niveau, être un peu moins soutenue au second. En effet, certains des principaux partenaires commerciaux de la zone euro, tels les Etats-Unis et la Chine, vont probablement connaître un ralentissement. De plus, il ne faudra guère compter sur la demande intérieure pour prendre le relais des exportations et tirer la croissance, notamment en raison des mesures de restriction budgétaire, qui pourraient coûter 1 %, pas moins, du PIB de la zone euro en 2011. La lutte pour la résorption des déficits budgétaires risque, en effet, d’avoir des effets aggravés si elle est menée simultanément dans plusieurs pays et, de plus, sans compensation sur le front monétaire. Deux conditions qui vont malheureusement se vérifier pour les Etats membres de la zone euro. La BCE ne devrait pas assouplir davantage sa politique monétaire.
Par ailleurs, l’appréciation récente de l’euro n’est pas pour arranger les choses. Selon notre indicateur, les conditions financières et monétaires demeurent accommodantes mais dans de moindres proportions qu’il y a quelques mois, et ce, en raison notamment du raffermissement de l’euro. De juin à septembre, l’euro a gagné plus de 7 % contre le dollar et plus de 2 % en termes effectifs réels. De plus, les pressions à la hausse de l’euro vont probablement persister, compte tenu des divergences entre la BCE et les autres grandes banques centrales, notamment la FED et la BoE, concernant les stratégies de sortie des politiques monétaires exceptionnelles mises en oeuvre pendant la crise.
Le resserrement des conditions financières et monétaires, dû à l’appréciation de l’euro, va probablement compromettre la croissance à venir dans la zone euro et entraîner une réduction de l’inflation. Avec une inflation basse et des perspectives de croissance morose, les pays confrontés à de sérieux problèmes budgétaires auront d’autant plus de mal à assainir leurs finances
publiques.
D’après les estimations finales d’Eurostat, l’inflation a progressé à 1,8 % en septembre, en hausse de 0,2 point de pourcentage (pp) par rapport au mois d’août. Cette augmentation est principalement imputable à l’effet de base lié à l’énergie, dont la contribution à l’inflation a été d’environ 0,14 pp. L’inflation totale va probablement continuer à évoluer à la hausse à court terme, sous l’effet de l’augmentation des prix des matières premières.
En revanche, l’inflation sous-jacente, davantage liée à la demande intérieure, va rester orientée à la baisse, limitant ainsi les pressions à la hausse de l’inflation générale. En septembre, l’inflation sousjacente était stable à 1 %. Malgré la forte reprise du premier semestre, on observe toujours un net sous-emploi des ressources économiques. De quoi limiter la croissance des salaires, l’un des moteurs de l’inflation sous-jacente. L’appréciation de l’euro pourrait même accélérer ce processus désinflationniste. L’inflation sousjacente est d’ores et déjà négative en Irlande et proche de zéro au Portugal et en Espagne. L’année prochaine, ces pays ainsi que la Grèce enregistreront probablement des taux négatifs d’inflation sous-jacente.
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