Etats-Unis : Assouplissement quantitatif, le retour




Le compte-rendu de la réunion de politique monétaire du 21 septembre, publié cette semaine, a suggéré que le lancement d’une nouvelle phase d’assouplissement quantitatif serait justifié en l’absence d’amélioration significative des conditions économiques1. Une telle amélioration ne s’étant pas dessinée depuis le 21 septembre (rapport emploi plutôt décevant) et paraissant improbable à court terme, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (FOMC) décidera sans doute de lancer un nouveau programme d’achat de titres à l’occasion de sa réunion des 2-3 novembre.

En effet, les membres du FOMC favorables à un assouplissement supplémentaire (notamment William Dudley, le président de la Réserve fédérale de New York) semblent dominer les débats et bénéficier de l’appui de Ben Bernanke. Pour autant, les divergences de vue autour de cette question demeurent sérieuses. Le compterendu de la réunion du 21 septembre a notamment indiqué que, pour certains participants, un assouplissement supplémentaire ne serait justifié qu’en cas de détérioration des perspectives ou de renforcement du risque de déflation (un point défendu, en particulier, par Charles Plosser, président de la Réserve fédérale de Philadelphie). Par ailleurs, des critiques internes soulignent que les effets d’achats d’actifs supplémentaires pourraient être limités dans les circonstances actuelles (où les tensions sur les marchés financiers ne sont plus exceptionnelles et les taux déjà très bas).

En vue d’assouplir la politique monétaire, deux possibilités non exclusives l’une de l’autre ont été discutées :

  • Lancer un nouveau programme d’achat de titres à long terme. Cette solution, régulièrement évoquée par les membres du FOMC depuis la fin août, sera très vraisemblablement retenue. La taille de ce programme d’achat reste incertaine et fait l’objet de débats internes. La Réserve fédérale pourrait annoncer un montant d’achats de quelques centaines de milliards (afin de ne pas décevoir les anticipations des marchés) et, surtout, indiquer se tenir prête à moduler ce volume en tant que de besoin au gré des évolutions en matière d’activité et de prix.

  • Soutenir les anticipations d’inflation. Alors que les taux nominaux à court terme sont quasiment nuls, une hausse des anticipations d’inflation permettrait de modérer les taux d’intérêt réels. De surcroît, même si le risque de déflation demeure modeste selon le FOMC, il ne peut être écarté dans les circonstances actuelles. En vue d’influencer les anticipations d’inflation, plusieurs pistes ont été évoquées : être plus explicite au sujet du taux d'inflation jugé adéquat, cibler des niveaux de prix plutôt qu’un taux d’inflation, ou bien viser des niveaux de PIB nominal plutôt qu’un taux de croissance réel. De fait, dans le contexte actuel de forte modération de l’inflation sous-jacente, soutenir les anticipations en matière de prix n’est pas, a priori, chose facile. Les principales mesures des anticipations d’inflation ont d'ailleurs été orientées à la baisse sur la période récente, mais de façon plutôt modérée : (a) le point mort d'inflation à 10 ans (déduit des rendements des titres du Trésor) a fléchi de 2,3% en avril à 1,7% en septembre ( en moyenne), mais s’est redressé dernièrement (1,9% depuis le début octobre) ; (b) selon l’Université du Michigan, les anticipations des ménages à 5-10 ans n’ont que très faiblement diminué au cours des derniers mois (2,7% en septembre à comparer à un pic annuel de 2,9%), même si les anticipations à 1 an ont fléchi de façon sensible (de 3,2% en mai à 2,2% en septembre).


La progression des attentes d’un deuxième round d’assouplissement quantitatif a, à elle seule, déjà eu un impact sur les conditions financières. Cette semaine, ces anticipations ont notamment favorisé une dépréciation supplémentaire du dollar (parité EUR/USD supérieure à 1,41 aujourd’hui).