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Un climat de défiance s’installe en zone euro
Le climat des affaires s’est fortement détérioré dans la zone euro. L’indice flash PMI publié cette semaine suggère que le repli de l’activité s’est accentué. De fait, l’indice composite PMI d’activité, qui jusqu’à présent a constitué un indicateur fiable de l’évolution du PIB, a chuté en mai (à 45,9), atteignant son niveau le plus bas depuis juin 2009. Cette tendance semble appelée à se poursuivre au cours des mois à venir : les nouvelles commandes, qui constituent la composante la plus avancée de l’enquête, continuent de céder du terrain. En moyenne sur le deuxième trimestre 2012, l’indice composite PMI (à 46,3 sur la base des chiffres d’avril et mai) sera sans doute sensiblement inférieur à son niveau moyen du premier trimestre (49,6), annonçant une contraction probable du PIB au T2 2012, après la stabilisation observée au T1 2012.
L’enquête met de nouveau en évidence une baisse sensible de la production dans les pays périphériques. De fait, ces pays ont pris des mesures drastiques destinées à corriger leurs déséquilibres internes et externes. En attendant qu’elles portent leurs fruits à moyen/long terme, elles pèsent sur l’activité à brève échéance. Toutefois, depuis quelques mois, le degré extrêmement élevé d’incertitude, lié principalement aux vicissitudes grecques, pèse sans doute davantage sur l’activité que les mesures d’austérité. Ce climat d’incertitude, conjugué à des conditions financières et monétaires qui restent relativement défavorables, conduit les entreprises à revoir à la baisse leurs décisions d’investissement et de recrutement. L’indice composite d’emploi calculé à partir des données PMI reste globalement stable en mai, mais il signale une contraction pour le cinquième mois consécutif.
L’inquiétude gagne l’Allemagne et la France
La crise dans la zone euro et l’incertitude grandissante autour de la Grèce ont pesé lourdement sur le moral des chefs d’entreprise allemands en mai. Le PMI composite a atteint un niveau inférieur au seuil de 50 pour la première fois depuis novembre 2011 (à 49,6, après 50,5 en avril), en raison de la détérioration de l’indice dans le secteur manufacturier, lequel est à son niveau le plus bas depuis juin 2009 (à 44,6, après 47,3 en avril). L’indice reste largement supérieur à celui observé au moment de la crise de 2008, mais l’évolution de ses composantes, et particulièrement la dégradation de l’indice «nouvelles commandes», sont de mauvais augure.
En outre, les résultats de l’enquête IFO de mai concordent avec ceux de l’enquête Markit. L’indice du climat des affaires, en repli de 3 points (à 106,9), a affiché sa première baisse depuis octobre 2011. Il se maintient à un niveau supérieur à sa moyenne de long terme (à 105,5), mais l’évolution de ses composantes témoigne d’une dégradation de la situation économique. L’indice sur la situation courante a, en effet, enregistré en un mois sa plus forte baisse depuis décembre 2008 (-4,2 points, à 113,3) et l’indice des anticipations n’atteint désormais qu’un niveau légèrement supérieur à sa moyenne de long terme (à 99,9). Le PIB, en hausse de 0,5% t/t au premier trimestre, devrait donc ne croître que faiblement au deuxième trimestre. Les dépenses de consommation des ménages continueront vraisemblablement de soutenir l’activité grâce au niveau historiquement bas du taux de chômage (6,8% en avril). De même, l’économie allemande devrait continuer à bénéficier de la demande des pays hors zone euro, mais les mauvaises performances de ses partenaires de la zone pèseront sur l’activité.

Le bilan des enquêtes de confiance en France pour le mois de mai est contrasté. Côté positif, le moral des ménages a continué de se redresser, l’indice synthétique de l’INSEE gagnant un point supplémentaire (à 90), soit 9 en tout depuis novembre dernier. Ce mieux n’est pas une complète surprise car il est coutumier d’observer une amélioration de la confiance des ménages après chaque élection présidentielle. Cette fois-ci, elle est d’ampleur modeste et, bien qu’encourageante, elle ressort très fragile dans le contexte actuel. Elle ne devrait pas faire long feu si l’on en croit la détérioration marquée des enquêtes sur le climat des affaires.
L’indice synthétique de l’INSEE, comme l’indice composite PMI, a en effet nettement reculé en mai. Le premier a perdu 4 points, à 92, et le second a baissé de 45,9 à 44,7 (estimation flash). Les deux indices reviennent ainsi à leurs plus bas niveaux depuis avril 2009. La détérioration de l’enquête INSEE est due à l’ensemble des secteurs d’activité tandis que celle de Markit est imputable au seul secteur manufacturier (en chute de 46,9 à 44,4), l’enquête dans les services étant restée inchangée (à 45,2). Si l’enquête PMI pointe clairement vers une contraction significative du PIB au deuxième trimestre, les enquêtes de l’INSEE (confiance des ménages comme climat des affaires), ainsi que celle de la Banque de la France, sont globalement moins négatives et compatibles avec un nouveau trimestre de croissance nulle. Dans tous les cas, les perspectives de croissance sont moroses.
Hélène Baudchon, Clemente De Lucia, Catherine Stephan
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