Analyses Forex
L’emploi est la clé
Les données publiées cette semaine ont été plutôt décevantes, même si elles n'indiquent pas encore l'aggravation des perspectives américaines. La confiance des ménages, telle que mesurée par l'indice du Conference Board, a reculé en mai, perdant 3,8 points à 64,9, au plus bas depuis janvier (61,5). La détérioration vient d'une détérioration de la perception de la situation actuelle (indice en baisse de 5,3 points à 45,9), tant pour le marché du travail et que pour le climat des affaires. La baisse de la composante anticipée a été moins prononcée (en baisse de 2,8 points de 77,6) mais marquée pour sa composante emploi. La perception des conditions anticipées de l’emploi à six mois atteint son niveau le plus bas pour 2012, et, à 42,9, n’est que très légèrement au-dessus de la moyenne de 2011.
La révision à la baisse de la croissance au premier trimestre 2012, même si plus marquée que prévu, à +1,9% (taux trimestriel annualisé) contre +2,2% en première estimation, ne constitue pourtant pas une mauvaise nouvelle. En effet, la majeure partie de la révision provient de la variation des stocks. Sa contribution à la croissance a été révisée en baisse de 0,6 point à 0,2 point (taux annualisé). En outre, l’investissement des entreprises a été revu à la hausse, de -2,1% à +1,9%: les dépenses de structures ont connu une baisse limitée à 3,3% et l’investissement en équipements et logiciels une hausse de 3,9%. Enfin, exportations et importations ont été revues à la hausse, laissant la contribution du commerce extérieur à zéro.
La première estimation de revenu national brut (Gross Domestic Income) au T1 2012 a également été publiée. Elle montre que, malgré la forte accélération des embauches qui a eu lieu au premier trimestre, ce qui a entraîné un ralentissement de la productivité, les bénéfices des entreprises reste très élevés. Avant impôts et ajustés de la valorisation des stocks et de la dépréciation du capital, ils ont progressé à un rythme trimestriel annualisé de 2,3% au premier trimestre 2012, après +7,9% en 2011 et +32,2% en 2010. L’impôt sur les sociétés a rapidement progressé au cours du premier trimestre, en raison de l'expiration du crédit d'impôt sur les dépenses en capital à la fin de 2011. Mais, en pourcentage du PIB, les profits ajustés après impôts restent à un niveau record de 10,8 %.
Les entreprises américaines restent très rentables, mais manquent encore de la confiance nécessaire pour augmenter massivement les investissements et les effectifs.
Une augmentation des investissements des entreprises, notamment dans en équipements et logiciels, assurerait une ré-accélération de la productivité du travail après le ralentissement cyclique qui suit habituellement une récession. Le financement n'est pas un problème, avec des profits non distribués très confortables (le secteur des entreprises présente un excédent de financement depuis trois ans), des taux corporate historiquement bas (les obligations notées AAA ont actuellement un rendement inférieur à 3,70% et celles notées BBA un rendement très légèrement supérieur à 5,0%) alors que les enquêtes auprès du système bancaire montrent un assouplissement des conditions d’octroi du crédit.
Mais la confiance manque, ce qui n'est pas surprenant dans l'état actuel de l'économie mondiale. À cet égard, l’enquête ISM dans le secteur manufacturier au mois de mai a constitué une bonne nouvelle, avec une baisse limitée de l'indice composite (-1,3 point) qui le laisse confortablement au-dessus du seuil des 50 points, à 53,5. Avec une hausse de la composante nouvelles commandes (à son niveau le plus élevé depuis avril 2011) et une baisse de l'indice des prix payés (à son plus bas niveau depuis décembre dernier), les perspectives sont plutôt bonnes. Mais combien de temps les vents contraires qui soufflent sur le reste du monde peuvent-ils épargner les Etats-Unis?
Cette question est d’autant plus cruciale que le rythme des créations d'emplois a considérablement ralenti au cours des trois derniers mois. Les effectifs non agricoles ont progressé de moins de 100k en avril et en mai. Le ralentissement est violent: la moyenne mobile sur 3 mois, qui était de 252k en février, est tombé au-dessous de 100k (à 96k) en mai. Il pourrait sembler que l'économie américaine ressent le ralentissement mondial plus tôt que nous ne l’anticipions. Mais la faiblesse du marché du travail s'explique surtout par le secteur des services privés, ce qui implique que l'économie intérieure non manufacturières est celle qui ralentit le plus violemment.
Si elle se prolonge, la faiblesse de la croissance de l'emploi mènera à une décélération de l'activité. Le PIB ne progresserait alors pas assez vite pour absorber les surcapacités de l'économie. En bref, une troisième vague d’assouplissement quantitatif (QE3) est de nouveau à l'ordre du jour.
Alexandra Estiot
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