Analyses Forex
Les banques grecques en apnée
La recapitalisation des banques grecques s’est enfin concrétisée après plusieurs semaines d’attente. Elle vient leur apporter un bol d’oxygène, sans que cela puisse toutefois mettre un terme aux fuites de dépôts.
Le redressement de leurs ratios de fonds propres devrait conduire la BCE à leur ouvrir son guichet de refinancement, mais leurs besoins en liquidité vont rester considérables.
Via le FESF, le Fonds hellène de stabilité financière (FHSF) conserve une marge de manœuvre pour d’autres injections de capital, mais ces décisions relèvent de la sphère souveraine et donc de la constitution d’un gouvernement.
Les Grecs plus inquiets de leur avenir dans l’euro que de la santé des banques
Depuis le 6 mai et les résultats non concluants des élections législatives, les banques grecques n’auront probablement jamais autant cristallisé, à travers la fuite des dépôts, la situation de profonde incertitude du pays. Le phénomène, qui s’est amorcé en septembre 2009, a connu des phases d’accélération et de répit.
Fin 2010, le premier programme d’assistance financière à la Grèce avait permis l’interruption des retraits pendant environ cinq mois, tandis que, par la suite, les périodes de stabilisation n’avaient pas excédé un mois (graph 1). En mars 2012, les fuites cumulées s’élevaient à EUR73 mds, soit une contraction d’un tiers de l’encours de dépôts (EUR171 mds hors dépôts des institutions financières et monétaires et du gouvernement central). La part de ces dépôts dans le total de bilan a reculé de 46% en septembre 2009 à 39% en mars 2012. D’après les commentaires d’officiels grecs, les sorties se seraient de nouveau accélérées après le 6 mai – ce que les statistiques ne pourront confirmer que bien plus tard –, et le climat dans lequel vont se dérouler les nouvelles élections, prévues le 17 juin, devrait, en toute logique, continuer de peser sur la tendance.
Outre des besoins d’encaisse plus importants liés à la baisse des revenus, les autres motifs sous-jacents aux fuites de dépôts ont évolué au fil du temps. Si, fin 2009, ceux-ci étaient guidés par la volonté des déposants de protéger leur épargne, ils redoutent aujourd’hui davantage une conversion imposée de leurs avoirs libellés en euros, dans l’hypothèse où la Grèce quitterait la zone euro et réadopterait une drachme dévaluée par rapport à la monnaie unique. Dans ce contexte, l’annonce de la finalisation de la recapitalisation des principales banques commerciales par le FHSF à hauteur de EUR18 mds (cf. ci-dessous) n’a pas amélioré la perception de ce risque monétaire. Pour autant, les banques restent dans une situation délicate.

De lourdes pertes en 2011
Les quatre premières banques ont accusé des pertes conséquentes en 2011, d’un montant agrégé de EUR28,2 mds. Ces pertes se sont concentrées au quatrième trimestre sous l’effet de substantielles dotations aux provisions au titre du programme d’échange de dette (PSI, Private Sector Involvment) prévu par le deuxième plan d’aide à la Grèce acté en octobre 2011. L’échange, intervenu au cours du premier trimestre 2012, s’est traduit par un effacement de dette publique de EUR107 mds par les banques européennes, avec un taux de participation de 96%. Toutefois, les actifs souverains des banques grecques ont supporté une décote moyenne de 79%, supérieure à celle des banques non grecques (70-75%), alors qu’elles avaient également dû inclure dans l’opération les prêts assortis d’une garantie de l’Etat. Leurs fonds propres se sont avérés insuffisants pour absorber la totalité des pertes, de sorte que trois des quatre principales banques (Alpha Bank faisant figure d’exception) ont affiché des fonds propres négatifs au terme de l’exercice 2011.
Resolvabilisation des banques En avril, après avoir reçu EUR25 mds du FESF (Fonds européen de stabilité financière) pour la recapitalisation des quatre établissements, sur une enveloppe totale pouvant s’élever jusqu’à EUR50 mds, le FHSF a annoncé avoir mis EUR18 mds à leur disposition, montant qui leur a permis de redresser leur ratio de solvabilité global au-dessus du seuil règlementaire de 8%.
Néanmoins, les termes précis de la recapitalisation (quels instruments retenus, actions ordinaires ou de préférence, dette contingente?) n’ont pas immédiatement été détaillés par les autorités, entretenant le flou sur la situation véritable de solvabilité des banques. Les élections du 6 mai et leurs conséquences ont achevé de retarder les clarifications nécessaires. Invoquant la contrainte d’insolvabilité des banques grecques pouvant faire peser un risque sur le fonctionnement de l’Eurosystème (fonds propres comptables négatifs et capital réglementaire inférieur au seuil de 8% des actifs pondérés), la BCE a décidé, le 16 mai, de suspendre leur accès à ses lignes de refinancement, contribuant à hâter la finalisation de la recapitalisation malgré le vide politique. A l’aide des obligations du FESF, le FHSF aurait ainsi souscrit, fin mai, aux nouvelles émissions d’actions (probablement avec droits de vote) des banques pour le montant pré-annoncé de EUR18 mds, ce qui correspond à une prise de contrôle temporaire (4 ans maximum) plus ou moins partielle du capital des banques commerciales.
Le processus de recapitalisation court jusqu’en juillet 2013, date à partir de laquelle les banques devront présenter un ratio de fonds propres durs (core Tier 1) de 10% avec une étape intermédiaire à 9% à fin septembre 2012. D’ici trois mois, les banques devront également présenter des plans de viabilité à un horizon de trois à cinq ans. Le besoin agrégé de capitaux propres pour les quatre premières banques est estimé à environ EUR4 mds pour parvenir au ratio de 9% et à EUR6 mds pour atteindre 10% d’ici l’été 2013, mais il leur sera difficile d’attirer des investisseurs privés. En outre, des besoins supplémentaires pourraient survenir en raison de la poursuite de la détérioration de la qualité de crédit, comme cela a été observé au premier trimestre 2012.
De nouvelles pertes début 2012
Les comptes du T1 2012, publiés les 30 et 31 mai, font état de nouvelles pertes se montant à EUR583 mns pour les quatre grandes banques. La Banque du Pirée est la seule à avoir dégagé un profit net de EUR298 mns mais uniquement grâce à un crédit d’impôt différé, sans lequel la perte nette aurait été de EUR156 mns. NBG a accusé la plus lourde perte, de EUR537 mns. Alors que les ressources se sont renchéries sous ’effet d’un refinancement plus systématique auprès de la Banque centrale de Grèce (graph 2 et cf. dernier paragraphe), les établissements ont également enregistré des pertes de trading, et continué de passer de larges provisions pour créances douteuses. Le stock de ces dernières s’est fortement alourdi par rapport au T1 2011, et les ratios de créances douteuses atteignent des niveaux élevés (s’étageant de 14%, pour NBG, à 17,2%, pour Eurobank) sur fonds de contraction de l’encours de crédit au secteur domestique privé (-4,7% en avril en glissement sur un an). La baisse concerne toutes les clientèles (SNF, ménages, clientèle financière). Conjuguée à la baisse des dépôts, que n’enraye pas la hausse des taux de rémunération sur les encours et les comptes nouvellement ouverts, elle entraîne l’augmentation des ratios de crédits sur dépôts (de 112% pour NBG à 163% pour la banque du Pirée), illustrant des besoins de liquidité croissants.

Problèmes de liquidité persistants
L’accès à la liquidité va demeurer une question cruciale. Lorsque que la BCE a suspendu ses opérations avec les banques grecques, celles-ci se sont davantage tournées vers leur banque centrale nationale qui, en vertu du mécanisme ELA (Emergency Liquidity Assistance), leur donne accès à des lignes de refinancement contre des collatéraux de moins bonne qualité que ceux acceptés par la BCE, mais à ce titre plus onéreuses que les lignes BCE. Cependant, la recapitalisation des banques hellènes devrait rétablir l’accès à la liquidité BCE, même si l’incidence à la baisse sur les coûts de funding devrait être graduelle au cours de l’exercice. Grâce au renforcement de leurs capitaux propres, elles devraient regarnir leurs bilans en collatéraux éligibles, tel que des obligations du FESF, qu’elles apporteraient en garantie aux opérations d’open market de la BCE. Après la dépréciation de leurs avoirs souverains début 2012, la nouvelle dégradation de leurs ratings par Fitch, le 18 mai, à la suite de celle du souverain (de B- à CCC) n’a fait que restreindre leur base de titres éligibles à la BCE, ce qui continuera d’entretenir une certaine dépendance des banques grecques au mécanisme ELA.
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