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Analyses Forex

Interview de Chloé Magnier sur ITELE

 

 

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Et la deuxième partie d’« A propos » sur ITELE, un nouveau point sur la crise financière. Vous le savez, la journée a été encore extrêmement tendue sur les marchés financiers. Paris, Londres ont clôturé tout à l’heure en baisse. On va donc essayer de comprendre pourquoi la nervosité est encore au rendez-vous, alors que les banques centrales agissent de manière concertée pour essayer de ramener la confiance. Et étonnement, quand des politiques de ce genre sont mises en œuvre, elles suscitent aussi l’effet inverse, à savoir la défiance. Pour quelles raisons donc ? On en parle ce soir avec deux économistes : Olivier Pastré que je salue, bonsoir Olivier !

OLIVIER PASTRE

Bonsoir !

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Membre du Cercle des économistes. Et Chloé Magné, bonsoir !

CHLOE MAGNE

Bonsoir !

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Vous êtes, vous, directrice de la stratégie chez Saxo Bank France. Pour lancer ce débat, je veux vous proposer de découvrir ce que fut la journée ordinaire à la City de Londres, aujourd’hui. Une journée comme une autre si ce n’est qu’elle s’est déroulée en pleine tempête financière. Choses vues et entendues du côté de Londres, donc, tout à l’heure.

(Beginnning of the report)

FABIEN THELMA - NARRATOR

Un coupé lamborghini exposé au beau milieu du quartier d’affaire de Londres. Cette voiture se gagnera à la loterie, et cela tombe plutôt bien, car à la City ils sont de plus en plus rares, les traders et les banquiers, qui peuvent se permettre une telle fantaisie. Le krach bancaire de lundi n’a bien évidemment pas épargné la Grande-Bretagne qui, en plus de devoir faire face à une récession annoncée, va bien être obligée d’encaisser les effets de la crise financière. Des effets que, bien évidemment, tout le monde redoute.

INTERVENANT (TRADUCTION)

On sait maintenant qu’ici, il va y avoir beaucoup de licenciements, en masse. Et le problème c’est qu’à Londres, beaucoup de gens travaillent dans la finance. Ces gens-là, on ne sait vraiment pas ce qu’ils vont devenir.

FABIEN THELMA - NARRATOR

Les dizaines de milliards d’euros injectés ces derniers jours par les organismes monétaires internationaux rassurent à peine. Et on se demande encore comment les régulateurs de marché vont bien pouvoir endiguer la crise.

INTERVENANT (TRADUCTION)

Parmi les gens que je connais, beaucoup ont déjà été licenciés. Tout le monde craint un peu pour sa place, maintenant, à Londres.

FABIEN THELMA - NARRATOR

Lehman Brothers a annoncé qu’elle pourrait, finalement, verser à ses 4 500 employés britanniques leur salaire du mois de septembre. D’autres n’auront pas cette chance. Dans les quartiers d’affaire de la capitale anglaise, ce sont plusieurs dizaines de milliers d’emplois qui sont menacés.

(End of the report)

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Voilà. Et on sent bien, donc, cette inquiétude qui agite les milieux financiers. Olivier Pastré, première question : comment expliquer que chaque intervention censée ramener la confiance sur les marchés, suscite cette réaction paradoxale chez les investisseurs, qui est de dire : « Ah ! Il doit vraiment y avoir un énorme problème si les banques centrales agissent aussi fortement. Si les gouvernants sont au chevet de la bourse, c’est que cela va plus mal qu’on ne le pense ! » Etrange renversement.

OLIVIER PASTRE - ECONOMIST

Si vous avez vu Citizen Cain, vous avez compris. A un moment, il y a un personnage qui passe entre deux glaces, qui sont strictement parallèles, et son image est projetée à l’infini. Les marchés financiers, cela fonctionne comme cela, c’est-à-dire qu’on ne pense pas ce qu’on pense, on pense ce que pense l’autre, et il faut savoir se positionner par rapport à cela. Et donc, quand l’un se positionne en disant : « Tout va bien », votre impression, c’est, évidemment, que tout va mal. Donc, c’est tout bête mais, aujourd’hui, un des problèmes liés à la confiance, y compris les particuliers, y compris vos téléspectateurs, tient à ce que tout le monde essaye d’anticiper ce que fait l’autre et, de ce fait, on ne sait plus très bien quoi faire. C’est aussi bête que cela et c’est aussi grave que cela.

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Donc, c’est plus irrationnel que rationnel ?

OLIVIER PASTRE - ECONOMIST

Tout est, quelque part, rationnel. Mais c’est une rationalité au quinzième degré. Voilà ! C’est cela les marchés financiers. Quand cela va bien, personne n’en parle, quand cela va mal, tout le monde s’inquiète.

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Chloé Magné, vous l’avez vécu cela ? Ce sentiment de regarder toujours ce que fait l’autre, et d’inquiétude, du coup, par rapport à ses réactions ?

CHLOE MAGNE – BANK MANAGER AT SAXO BANK FRANCE

Oui, tout à fait parce qu’on voit sur les marchés, lorsqu’on suit les cours au quotidien, vous avez des mouvements sur les derniers jours où vous avez des hausses par moment de 5 %, et puis on perd 100 % sur les indices boursiers. Mais c’est le cas aussi sur les taux de change. Donc, on a vraiment une grande inquiétude. On ne sait pas dans quelle direction aller. Et c’est vrai, quand même, que ce coup de tonnerre, avec la faillite de Lehman Brothers annoncée lundi, on se dit : « Mais qu’est-ce qui nous attend encore ? » Cela fait un an et demi que cette crise ne finit pas de durer. Quels vont être… C’est quand même un événement qui est historique, mais c’est la plus grosse faillite de l’histoire américaine. Quelle conséquence pour l’économie ? Quelle conséquence pour les marchés, pour les jours qui viennent ?

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Quand vous entendez, et on le voyait tout à l’heure sur ITELE, le Président des Etats-Unis, Georges Bush, dire que son administration ferait tout, continuerait à tout faire pour sauver la situation, venir en aide au marché, cela vous rassure ou cela vous inquiète ?

CHLOE MAGNE - BANK MANAGER AT SAXO BANK FRANCE

C’est difficile parce qu’on était, lundi, avec les autorités, le Gouvernement, pas Monsieur Bush mais le Secrétaire d’Etat du trésor et l’AFED qui nous disent : « On ne sauvera pas Lehman Brothers parce qu’il faut arrêter à un moment. On ne peut sauver tout le monde, et il faut… certains devront payer les conséquences des prises de risque qu’ils ont eu ». Là, maintenant, on est avec Monsieur Bush qui vole au secours de l’AFED, qui dit : « Je vais prêter de l’argent parce que… » Ce n’est pas vraiment rassurant, parce qu’on se dit : « Mince, est-ce que l’AFED…

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L’inquiétude.

CHLOE MAGNE - BANK MANAGER AT SAXO BANK FRANCE

Est-ce que l’AFED va réussir à soutenir le système ? Et est-ce que son bilan à elle-même n’est pas en risque ? C’est… donc. C’est… Toujours très attention aux annonces, c’est un gros jeu de psychologie. L’annonce peut avoir l’effet inverse à celui qu’il (faut) rechercher.

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Oui. Et c’est pour cela, dit-on, qu’il a d’ailleurs attendu aussi longtemps avant de parler. Etrange renversement, on y revient Olivier Pastré, est-ce que Georges Bush n’aurait pas mieux fait de ne rien dire ? Ou est-ce qu’il était obligé de le faire ? La peste et le choléra, non ?

OLIVIER PASTRE - ECONOMIST

Sans faire d’humour mal placé, enfin, tout ce que dit Monsieur… enfin, beaucoup de ce que dit Monsieur Bush, est inquiétant en soi. Donc, ce n’est pas anormal…

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Oui, mais, alors là, en l’occurrence …

OLIVIER PASTRE - ECONOMIST

Ce n’est pas anormal que les marchés soient inquiets. Non, ce qu’il faut aujourd’hui, c’est garder son sang froid, c’est-à-dire être en deux… entre deux extrêmes. D’un côté, l’extrême des dépressifs qui est de dire : c’est la crise de 29, toute la planète financière va exploser ; et l’autre côté qui est aussi irresponsable qui est de dire : tout va bien, la vie est belle, circulez ! Il n’y a rien à voir. Entre les deux, on est dans une crise grave, beaucoup plus grave que la bulle Internet qu’on a connue il y a quatre ou cinq ans. Il y a des moyens de réagir, il y a des moyens… Les banques centrales ont bien fait leur boulot depuis un an puisqu’elles ont injecté de la liquidité et baisser leur taux d’intérêt, aujourd’hui encore. Et donc, il y a un pilote dans l’avion. Simplement, il est clair qu’il y a une multitude de réformes à mettre en place pour que la planète financière redevienne ce qu’elle est, c’est-à-dire celle qui finance l’économie mondiale. Rappelons-nous que par rapport à 29, aujourd’hui, on est dans une économie mondiale qui croît à 3 ou 4 % par an, alors qu’en 29, elle était en période de déflation et elle était déjà en période de crise avant le krach boursier.

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Il a beaucoup été question, ces derniers mois, de ce qu’on appelle les fonds souverains. Est-ce que l’un de vous deux peut réexpliquer de quoi il s’agit exactement ? Olivier Pastré.

OLIVIER PASTRE - ECONOMIST

C’est très simple. Les… Il y a des pays qui accumulent des réserves parce qu’ils exportent, la Chine, ou parce qu’ils ont du pétrole, l’Arabie Saoudite. En gros, cela représente 2 000 milliards de dollars. Ce qui est à la fois beaucoup et pas tant que cela, et ils investissent, aujourd’hui, en bons du trésor américains, c’est-à-dire qu’ils financent le déficit américain et en gros, ils financent la planète. Leur poids va croître. Il faut ni les diaboliser, ni les diviniser…

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Mais, est-ce qu’ils sont à la manœuvre-là ? Puisqu’il y a quand même de bonnes affaires à faire en bourse aujourd’hui ? Chloé Magné.

CHLOE MAGNE - BANK MANAGER AT SAXO BANK FRANCE

La grande question du jour c’est, effectivement, où sont les fonds souverains que... Quel est le sens des flux de capitaux ? C’est vrai que les fonds souverains, on les a vus, ils se sont quand même bien positionnés au début de la crise, si vous vous souvenez au mois de mars, lorsqu’on était déjà venu toucher les plus bas. On avait eu des prises de participation dans les banques. Six mois après, les banques ont encore perdu, leur capitalisation boursière a reculé. Donc, on peut se dire, on n’a pas de chiffres à donner exacts, mais on peut se dire les fonds souverains sont aussi, eux, dans une position attentiste et puis reviendront, effectivement, parce qu’il y a des bonnes affaires à faire. Mais pour le moment, c’est vrai qu’on ne les voit pas trop. On n’a pas d’avances très fortes sur le rachat de telle banque américaine ou anglaise par un fonds souverain asiatique quelconque.

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On pourrait l’imaginer cela, Olivier Pastré, à savoir que le capitalisme mondial change de visage et de propriétaire et de main, donc à la faveur de cette crise ?

OLIVIER PASTRE - ECONOMIST

Vous n’êtes pas sans savoir que le capitalisme change en permanence depuis sa création. Donc, aujourd’hui, clairement, l’argent est au Sud. Il était au Nord avant, c’étaient les pays dits développés qui finançaient les pays du Sud, aujourd’hui ce sont les pays du Sud qui, par leur exportation ou leurs matières premières, financent les pays du Nord. Donc, ils vont forcément... il faut se faire à cette idée. Et c’est une bonne idée que ces pays-là vont participer au financement de l’économie mondiale. Il faut leur faire de la place dans les instances internationales, ils sont aujourd’hui marginalisés. Il faut leur donner une pleine place si on veut coopérer avec eux.

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S’il fallait parler au futur, et ce sera ma dernière question, vous pensez que cette crise peut durer encore combien de temps, Chloé Magné ?

CHLOE MAGNE - BANK MANAGER AT SAXO BANK FRANCE

Vous donner une durée exacte est difficile mais je pense qu’on en a pour encore de nombreux mois parce que là, il va falloir maintenant voir quelles conséquences pour l’économie américaine ? Quelles conséquences pour l’économie mondiale ? Attention, on était déjà dans une situation qui était délicate aux Etats-Unis. Je pense qu’on va avoir une année 2009 qui va être très difficile et... Pardon, et pour les perspectives sur les marchés boursiers, il va y avoir, pour revenir sur ce que vous disiez tout à l’heure, il va y avoir des affaires à faire mais patience.

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Olivier Pastré ?

OLIVIER PASTRE - ECONOMIST

Je vais compléter votre réponse mais elle est totalement... c’est totalement cohérent. Tout dépendra de la rapidité des réformes. Si on tire les conséquences de la situation actuelle et qu’on fait des réformes dans le mode de fonctionnement des banques, dans les industries bancaires, dans les agences de notation, au niveau du G7 ou au niveau du FMI, à ce moment-là, on pourra sortir de la crise. Si on ne fait pas de réformes, tout est à craindre.

NEWSREADER

Merci à tous les deux. Merci Olivier Pastré, merci Chloé Magné pour votre éclairage, donc, sur l’actualité financière la plus chaude. Celle d’aujourd’hui même.


Source : ITELE

 

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